Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 18.1878

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EUGÈNE FROMENTIN

PEINTRE ET ÉCRIVAIN
(deuxième article)

II.

J ’ai étudié avec soin la façon de peindre de
Fromentin, je l’ai suivie avec amour dans ses
diverses transformations, et je dois dire, avec
sincérité, que je la trouve intéressante entre
toutes, par certains côtés même, par exemple
par la délicatesse et l’esprit, vraiment admirable.
Tout est beaucoup une question de mesure et
de comparaison, et je compare les beaux mor-
ceaux de l’œuvre de Fromentin à ce qui se peint
aujourd’hui de meilleur. Prenons, si vous vou-
lez, la grande Chasse au faucon de la collection
Laurent Richard, qui vient d’être vendue tout
récemment. Quel paysage mettriez-vous, maintenant que Daubigny est
mort, en regard de cette page vibrante, lumineuse, aérée, calme et pleine
en même temps, où l’Algérie, cette terre de toute grâce et de toute
beauté, semble se parer d’une jeunesse immortelle? Quel ciel plus léger,
plus fin, plus vivant, plus profond, quel air plus subtil, quelle plus cha-
toyante diffusion de lumière, quel sourire plus exquis de la nature en
fête trouveriez-vous ? Et quel émail du ton, quelle transparence de la pâte !
Soyons de bon compte, rien d’aussi intimement artiste, rien d’aussi équi-
libré ne se fait plus. Je ne veux, par cette comparaison, qu’appellent for-
cément les expositions simultanées du Champ de Mars et des Champs-
Elysées, diminuer personne, je veux simplement marquer une hauteur.
Fromentin appartient à cette grande époque de l’art de la peinture qui

I. Voir Gazelte des Beaux-Arts, 2e période, t. XVII, p. 401.
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