Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 18.1878

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EXPOSITION UNIVERSELLE.

LE JAPON A PARIS

i.

Il n’est pas de jour depuis dix ans que
nous ne rencontrions dans nos grands quar-
tiers, sur les boulevards, au théâtre, de
jeunes hommes dont l’aspect à première vue
nous surprend toujours. Ils portent avec
aisance le chapeau de haute forme ou le
petit chapeau de feutre rond (qui affecte plus
de désinvolture) coiffé sur des cheveux noirs,
fins et lustrés, à longue raie dorsale, la re-
dingote de drap correctement boutonnée, le
pantalon gris clair, la chaussure fine et la cravate de couleur foncée
flottant sur le linge soigné. Si le bijou en forme de passant coulant qui
fixe cette cravate n’était trop voyant, le pantalon trop évasé sur le cou-
de-pied, la bottine trop luisante, la canne trop légère, — ces nuances
trahissent l’homme qui subit le goût de ses fournisseurs au lieu de leur
imposer le sien, — à la tenue, à l’allure facile on les prendrait pour des
Parisiens. Vous vous croisez sur l’asphalte, vous les regardez : le teint est
légèrement bronzé, la barbe rare; quelques-uns ont adopté la mous-
tache et la mouche transparentes comme un lavis d’encre de Chine,
d’autres les favoris à la cuir'assière, arrêtés au ras de l’oreille ; la bouche
est large, conformée pour s’ouvrir carrément, à la façon des masques
de la comédie grecque ; les pommettes s’arrondissent et font saillie sur
l’ovale du visage; l’angle externe des yeux petits, bridés, mais noirs et
vifs, au regard aigu, se relève vers les tempes. Ce sont des Japonais.

Depuis l’Exposition universelle de 1867 et plus encore depuis 1871,

XVIII. — 2e PÉRIODE. 49
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