Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 18.1878

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RENAISSANCE A LA COUR DES PAPES1

m.

LA SCULPTURE PENDANT LE RÈGNE DE PIE II

endant la première moitié du xve siècle, la sculpture a été, à Rome,
le moins favorisé de tous les arts. On serait embarrassé d’opposer le
nom d’un statuaire célèbre à cette pléiade de peintres vraiment hors
ligne qui ont illustré les règnes de Martin V, d’Eugène IV et de
Nicolas V : Gentile da Fabriano, Masaccio, Vittore Pisanello , Fra
Angelico, Benozzo Gozzoli, Piero délia Francesca, Buonfigli, etc.

Martin V, il est vrai, s’adressa une fois à Ghiberti, mais ce fut pour lui commander
une tiare, non une statue; il vit en lui l’orfèvre bien plus que le sculpteur.

Eugène IV suivit l’exemple de son prédécesseur. Lui aussi chargea l’orfèvre floren-
tin de ciseler une tiare, — la plus belle et la plus riche qui eut été exécutée jus-
qu’alors : les pierres précieuses dont elle était incrustée représçntaient seules une valeur
de 38,000 ducats d’or. La vue du chef-d’œuvre de Ghiberti, les portes du Baptistère,
inspira au pape le désir de doter la basilique de Saint-Pierre d’un ornement aussi
merveilleux, et ce fut à un Toscan aussi qu’il s’adressa. Mais son choix ne fut pas heu-
reux : Filarete était la médiocrité en personne. L’exécution des portes latérales de la
basilique (en bois) fut confiée à un artiste dont le nom est absolument inconnu dans
l’histoire de l’art : le frère Antonio di Michèle, de Viterbe. Le Florentin Simon, auquel
Eugène IV commanda le tombeau de Martin V, aujourd’hui encore conservé au Latran,
n’a guère plus de notoriété; on est allé jusqu’à révoquer en doute son existence. Pen-
dant que Simon travaillait à ce monument, une occasion magnifique s’offrit au pape
d’attacher à son service le plus grand des sculpteurs italiens du XVe siècle, Donatello,
qui était allé à Borne pour assister de ses conseils Simon, son prétendu frère. Eugène IV
le vit, l’apprécia et le chargea... d’organiser les fêtes du couronnement de l’empereur
Sigismond.

Dans d’autres circonstances encore, Eugène IV témoigna de son indifférence pour
la sculpture. Il employa comme architecte un des sculpteurs vénitiens les plus éminents 1

1. Voir Gazette des Beaux-Arts, 2e période, t. XVI, p. 99,
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