Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 18.1878

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LES FRESQUES DE VÉRONÈSE

AU CHATEAU DE MASËBE

TRÈS DE TRÉVISSE 1

(SUITE ET FIN).

e n’ai pas besoin d’ajouter que là où
Véronèse a choisi pour fonds des paysages
comme ceux qu’il a placés dans les quatre
fresques des travaux d’IIercule, ses arbres
sont traités largement et touchés de pra-
tique , à peu près suivant la manière
titianesque, de façon à ne figurer que
comme les accessoires de la composition.
Le feuillé n’en est jamais touffu; il est
clair-semé, au contraire; les rameaux en
sont rares et les bouquets de feuilles
laissent transparaître le ciel. Il en est de même lorsque 'Véronèse ouvre
un paysage dans la muraille, entre deux colonnes ou entre deux fenêtres.
Pour mieux faire fuir la campagne, il ménage au premier plan, en guise
de coulisses, des branches de gros arbres qui empiètent sur les nuages
et qui font l’office de repoussoir. Mais en regardant ces paysages que
l’artiste a enlevés dans une matinée sur l’enduit frais, l’on est tout sur-
pris d’y trouver un caractère idéal, ou pour mieux dire cette fois, imagi-
naire. Ce sont, par exemple, des ports de mer que Véronèse n’a vus, je
crois, nulle part, et qu’il invente sur l’heure dans la facilité de son génie,
comme les inventait Claude Lorrain dans la profondeur de ses rêves ou
le vague de ses souvenirs; ou bien, c’est une ville, moitié italienne,
moitié allemande qui est bâtie sur les deux rives d’un fleuve traversé

Voir la Gazette des Beaux-Arts, 2e période, t. XVIh p. 385.
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