Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 18.1878

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GUSTAVE COURBET

(deuxième article1)

arier la république de Venise avec le
Grand Turc n’était qu’une chose malaisée;
réconcilier Courbet avec la poésie, c’était
la chimère absolue, le rêve impossible et
fou. Le peintre d’Orrians voulait rester
célibataire. Que les négociateurs se pré-
sentassent menaçants ou doucereux, Cour-
bet les éconduisait par un refus catégo-
rique. 11 n’était pas prudent d’aller, même
avec les plus savantes précautions, lui
parler de l’idéal. Quelle balançoire!...
répondait-il, et tout était dit.

La vérité est que Courbet n’avait pas suffisamment étudié la question,
et qu’il ne la connaissait pas encore tout à fait cette nature qu’il invo-
quait sans cesse et dont il ne voyait que la surface, on dirait volontiers
le masque. Il ne démêlait pas les complications infinies de l’éternel mo-
dèle; sa vue, un peu courte à l’origine, ne devinait point les dessous
cachés ; s’il y avait regardé de plus près, il aurait entrevu que la nature
a une sœur, une sœur pareille et différente, qui est précisément cette
poésie dont il ne voulait pas qu’on lui parlât. Quelle tactique fallait-il
donc adopter vis-à-vis de Courbet? Comment attendrir cet intraitable?
Il fallait opérer un mouvement tournant, dissimuler traîtreusement le
drapeau de l’idéal suspect, et supplier le peintre de recommencer les
études qu’il croyait avoir finies. 11 y avait là une chance de salut et la
possibilité d’une conversion. En regardant constamment la nature,

I. Voir Gazelle des Beaux-Arts, 2U période, t. XVII, page 51 i.

XVIII. — 2e PÉRIODE. 3
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