Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 18.1878

Page: 218
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1878_2/0230
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
218

GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

l’avance, mais quand nous mesurons les progrès de nos concurrents,
nos succès nous donnent à penser.

Si dans quelques spécialités d’art et d’industrie la lutte devient
sérieuse et passionnée, il en est d’autres où nous ne sommes pas me-
nacés encore, et, parmi celles-là, l’industrie des métaux précieux et des
bronzes est peut-être celle où la France garde une supériorité mieux
marquée.

Ce n’est pas à dire que tout y soit bien, et je me hâte de modifier
ce que pourrait avoir d’excessif et de dangereux un trop réel contente-
ment de nous-mêmes; nous sommes les premiers, oui, mais parce que,
à quelques exceptions près, la production étrangère est médiocre. Si les
Anglais faisaient dans cet art les efforts qui ont été constatés dans la
fabrication de leurs meubles, si l’Américain Tiffany poussait plus loin ses
progrès, si l’Italie avait beaucoup de Castellani, notre supériorité serait
en danger.

Orfèvres ou bronziers, nous allons à l’aventure, suivant notre fan-
taisie, personnelle, manquant d’école, n’ayant ni conseils ni direction
supérieure. Mous n’avons pour nous soutenir que le goût du luxe chez
le client, que la passion du gain chez le producteur; aucun artiste ne
s’est encore pris d’amour pour cet art du métal qui garde, à qui le saura
comprendre, des jouissances égales à celles que donnent au sculpteur la
molle complaisance de la glaise et l’âpre résistance de la pierre, au
peintre la magie de sa palette.

Si d’un bloc de marbre on peut tirer le dieu, la table ou la cuvette,
l’or, l’argent et le bronze sont bien d’autres Protées, dont les transfor-
mations atteignent à l’infini ; ces métaux appartiennent au peintre par
l’émail par les patines variées de leurs alliages et par le mariage des
pierres; ils tentent l’architecte par la netteté de leurs arêtes, l’éclat et
la fermeté de leurs détails; ils conservent d’une façon ineffaçable le
dessin du graveur, et, pour le sculpteur, ils sont la plus impérissable
matière où la pensée puisse épouser la forme.

11 faut que nos artistes d’aujourd’hui ignorent absolument ces vertus
si diverses, qu’ils n’aient jamais étudié les ressources de la fonte, de la
ciselure, de la gravure et de l’émail, pour qu’à l’exemple des grands
maîtres de l’art ancien, ils ne soient pas venus d’eux-mêmes à l’orfèvrerie,
non plus en manœuvres de rencontre qui cèdent à contre-cœur, mais en
maîtres véritables, qui rendraient à cet art un rang digne de lui et à eux-
mêmes une gloire nouvelle.

Us ont été sollicités pourtant; après qu’Auguste, Thomire, Odiot
père et Biennais eurent avec les grands jours de l’empire ressuscité l’or-
loading ...