Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 18.1878

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LE JAPON A PARIS.

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vitraux clans les monuments anciens, il n’y aurait pas lieu de protester,
quoicjue la rigueur ici soit excessive, l’unité de style étant au monde ce
qu’il y a de plus rare dans ces vieilles cathédrales que nos pères mirent
souvent plusieurs siècles à construire et où chaque siècle a laissé l’em-
preinte accusée de son art. Mais c’est pour des églises toutes neuves,
construites d’hier, achevées d’aujourd’hui, que l’architecte commande
des vitraux moyen âge, aux figures informes, émaciées, aux têtes en
poire, aux pieds en pointe, aux gestes raides et gauches. Je suis loin de
nier le grand caractère de ces figures dans l’œuvre naïve de nos anciens
verriers, mais je considère aussi que dans l’œuvre des architectes con-
temporains de telles exigences ne sont que de prétentieuses niaiseries
condamnables autant que baroques. Au même titre nos peintres de
sujets religieux devraient décorer les chapelles qu’on leur confie dans le
style de Cimabue, Giottoplus humain n’étant lui-même qu’un décadent.
C’est absurde. Aussi est-il arrivé cette chose singulière qui confond nos
verriers, c’est que la faveur publique, dès le premier jour à l’Exposition,
s’est attachée aux vitraux anglais. La fabrication anglaise n’est pas
comparable à la nôtre, elle ne peut parvenir à composer de grandes pages
qui exigent une puissance de ton, une intensité de coloration que ses
procédés lui interdisent; elle s’en tient à une sorte de monochromie
rehaussée de tons rabattus qui laissent jouer toutes les facettes d’un
verre habilement fabriqué à cette intention, et qui perdrait ses qualités
brillantes, chatoyantes s’il devait subir les cuissons successives néces-
saires à la réussite des tons primitifs et francs. Mais on a été séduit
par l’harmonie facilement obtenue de ces vitraux et plus encore par
l’affranchissement des étroites subordinations aux styles anciens qui
enchaînent nos verriers français. Les Anglais, bien moins forts que nous
dans la fabrication des vitraux, ont paru plus artistes. —C’est une nou-
velle leçon donnée à l’industrie décorative de notre pays où je ne vois
guère que nos grands céramistes qui aient su s’affranchir sans réserve
de l’imitation tout en s’inspirant ouvertement du Japon.

{La suite prochainement.)

ERNEST CHESNEAU.
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