Revue égyptologique — 2.1881

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Eugène Revillout.

soldats (sans doute excités par lui contre le roi et les Grecs), il se mit ouvertement à la tête
des troupes et renversa Apriès. Hérodote nous a donné au sujet de cette révolution de curieux
détails, reproduits précédemment par moi. Nous apprenons ainsi qu'Amasis garda quelque temps
le roi détrôné vivant dans son propre palais; mais que ses courtisans lui persuadèrent de le
mettre à mort, ce qui ne l'empêcha pas de lui faire une sépulture royale magnifique, à Saïs,
parmi ses prédécesseurs, sépulture vue par Hérodote. Il est donc certain qu'il se garda bien
de déclarer la royauté d'Apriès illégitime et de lui enlever son cartouche, comme le voudrait
M. Piehl 1 ; car c'était de cette famille qu'il tenait lui-même ses droits. Il s'était débarrassé
de son prédécesseur, comme cela s'est fait plus d'une fois. Mais il en gardait précieusement
le souvenir. Peut-être, après tout, notre document est-il du temps où Apriès vivait encore,
mais en prison, et où Amasis était régent du royaume. Amasis avait déjà abandonné le pré-
nom emprunté à son prédécesseur et qu'il changea bientôt contre un prénom royal tout
différent.

Fort de l'appui de ses « nouveaux amis », les Grecs — qui avaient causé la ruine
d'Apriôs — et dont il fit sa garde — le nouveau souverain se crut désormais à l'abri de
tout danger et put s'abandonner sans scrupule à son goût scandaleux pour le vin2 et la bonne
chère, comme nous le racontent à l'envi Hérodote et la chronique.

UN PROPHÈTE D'AUGUSTE ET SA FAMILLE.

Quoi de plus triste, mais quoi de plus instructif que l'agonie d'un peuple!
Je viens de lire justement une belle étude de M. Philarète Chasles3 sur Flavius
Josephe — ce juif qui assista au triomphe des ennemis de sa race «avec un plaisir mêlé de

' L'interprétation que M. Piehl donne de nos documents ne nous a pas paru admissible, pas plus que
les conclusions historiques qu'il a voulu en tirer. Je ne puis approuver un procédé philologique qui con-
sisterait partout à changer, à corriger, ou. pour mieux dire, à pervertir les textes, en transformant l'acception

des expressions les mieux connues, (comme le féminin I «parente royale» modifié en «cousin (sic)

royal»), en ajoutant des mots, tels que vn,. «fils», au milieu d'un nom propre composé de deux termes, etc.

Quant à la thèse historique, elle consisterait à faire de Tapert la femme du cousin royal (sic) Uahabra, puis
de ce cousin royal le roi Apriès alors détrôné et qui deviendrait cousin royal à cause de son alliance avec son
successeur, et enfin iVAhmes se Neith le fils d'Apriès, qui, après avoir pris les noms de l'usurpateur, au-
rait déclaré, dans ses inscriptions, son père roi illégitime. Comme comble, Amasis, assassin d'Apriôs, aurait
pris le fils de sa victime comme premier ministre, afin, sans doute, de lui permettre, de lui faire à lui-
même ce qu'il avait fait à Apriès. De telles choses ne se discutent pas. Et dire qu'il a fallu tourmenter
le texte de toutes manières pour arriver à ce beau résultat ! — Mais remercions toujours M. Piehl de sa
brochure, qui nous a donné un nouveau jalon précieux, il y a aussi, dans les Petites études égyplologiques,
plusieurs notes intéressantes.

2 Nous avons rapporté dans l'article cité plus haut les règles auxquelles, selon Diodore, les rois
d'Égypte étaient obligés à ce sujet. Mais nous avons oublié de citer un passage curieux du traité d'Isis
et d'Osiris de Plutarque : «Les rois au rapport d'IIécatée, nous dit-il, n'avaient qu'une portion de vin,
» réglée par les livres sacrés, parce qu'ils étaient associés au sacerdoce. Ce ne fut même que sous le règne
» de Psamiuétique qu'ils commencèrent d'en boire.... Eudoxe, dans le second livre de sa Géographie, rap-
» porte ces faits, qu'il dit tenir des prêtres égyptiens eux-mêmes.» On comprend dès lors quel scandale
l'ivrognerie d'Amasis dut causer!

3 L'antiquité par M. Philakete Chasles, p. 277 et suiv.
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