Revue égyptologique — 2.1881

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Un contrat de mariage etc.

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UN CONTRAT DE MARIAGE
DE L'AN 4 DE PSAMMÉTIQIIE IL

Nous avons à la salle historique du Musée égyptien un fort curieux document que
j'étudie depuis nombreuses années et dont je viens d'achever l'interprétation.

Ce document est tout à fait unique dans son genre. C'est une assiette à dessert en terre
rouge, parfaitement conservée, couverte, des deux côtés, de nombreuses lignes d'écriture
démotique très serrée et qui, — je l'ai constaté depuis longtemps — appartiennent à un
contrat.

Seulement ce contrat ne ressemble à aucun de ceux qui nous sont parvenus. Il débute
comme un contrat de vente : et, d'une part, je ne trouvais pas l'objet cédé, d'une autre part,
je voyais arriver presque aussitôt après les mots «tu as donné, content mon cœur de mon
» argent» des formules qui bien certainement n'appartenaient pas à une vente.

Quel était donc ce mystère? J'avoue que pendant bien longtemps je ne parvins pas à
le comprendre et c'est seulement depuis un mois que j'en ai la clef.

L'occasion de cette découverte fut l'acquisition d'un contrat de Darius traduit plus loin
dans un autre article. Ce contrat, comme j'aurai l'occasion de le dire, offrant les ressources
d'un véritable bilingue, me fournit l'interprétation paléographique de plusieurs groupes qui
m'avaient jusqu'alors échappé dans mes études sur l'écriture démotique fort archaïque et
fort difficile de ces temps reculés.

Je n'entrerai pas dans des détails purement techniques. Qu'il me suffise de dire que,
d'après les données nouvellement acquises par moi, le contrat était adressé par une femme
à un homme : et que ce qu'elle cédait ainsi par un acte pour argent, c'était elle-même, mais
sous certaines conditions, faisant de l'union un mariage absolument indissoluble et exclusif de
tout autre. Le terme désignant le mariage est ici hotep (conf. çïoth conjungere), comme
dans les documents hiéroglyphiques recueillis par M. Birch '.

Nous allons donner mot à mot le texte de ce curieux contrat de mariage, qui est cer-
tainement le plus ancien de ceux que nous possédons jusqu'ici, bien que, d'après la paléo-
graphie, nous jugions qu'il soit plutôt de Psammétique II que de Psammétique Ior.

«An 4, Mésori 27, du roi Psammétique,

«dit femme T'e-neii (?), fille de Anch-Amen, à homme P-Ut'a :

«Tu m'as donné, et mon cœur est satisfait, mon argent pour faire à toi hotep. — Moi
"ton hotep!

«Point à pouvoir homme quelconque du monde faire écarter moi de ton lit2. — Point
»je puis faire sortie3, (m'en aller).

1 Voir Manners and custmns of tlie ancient Egyptians de Wilkinson et Bikch, deuxième édition, 1878,
p. 315, note 3. L'illustre patriarche de l'égyptologie, M. Bikch cite les textes relatifs aux mariages de
lîamses II avec la fille du prince des Cheta et de Ramses X avec la fille du prince de Bachtan. Mais il
tait remarquer que ce sont mes récentes découvertes qui ont fait connaître les premiers contrats de mariage,
tous d'époque ptolémaïque. Celui-ci est bien plus ancien.

2 Sen, c'est à mon avis, le mot cenH qui dans S' Luc IX, 14 répond au mot xXia-.a (de zXivw des-
cumbere)^t_est fort bien traduit discubitus par Peyb, Dict, p. 206.

3 <==> en hier.

A
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