Revue égyptologique — 2.1881

Page: 185
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Extrait d'une lettre de M. Aurès etc.

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La règle posée sur la tablette des statues et mesurée deux fois, avec le plus grand
soin, par M. Héron de Villefosse, a fort exactement 0m270. Par conséquent, elle a fort
exactement un empan de longueur, parce que le hasard ne peut pas amener de semblables
coïncidences.

Mais, me direz-vous, cette règle est divisée en 16 parties égales et ces parties sont
ensuite divisées en 2, en 3, eu 4, en 5 et en 6 fractions, de sorte que les divisions finales
donnent le 32°, le 48e, le 64°, le 80e et le 96e de la longueur totale, quand on sait, d'autre
part, que l'empan assyrien n'était divisé lui-même qu'en 10, en 12 et enfin en 60 parties
égales comme toutes les mesures principales assyriennes.

Qu'importe, vous répondrai-je, puisqu'il résulte de là seulement que la règle graduée
du Louvre n'est pas une mesure et que tous ceux qui ont pu le croire déjà se sont trompés.
Rien de plus. Mais cela n'empêche pas cette règle d'avoir exactement un empan de longueur.

Si vous veniez dans mon bureau, vous y trouveriez, sur ma table, deux règles d'égale
longueur, ayant identiquement la même forme et le même but d'utilité que votre règle du
Louvre. Elles ont, toutes les deux, 2 décimètres de longueur. L'une d'elles, la plus usuelle,
que l'on trouve même dans toutes les mains, et qui s'appelle un double-décimètre, est divisée,
d'un côté en 2 décimètres, 20 centimètres et 200 millimètres, de l'autre en 400 parties égales
parce que tous les millimètres y sont partagés en deux. C'est essentiellement une règle
métrique, une mesure.

L'autre règle, au contraire, n'a pas ce caractère, c'est l'échelle du cadastre, tel est son
nom, et c'est tout simplement une échelle, parce qu'elle est divisée, d'un côté en 250 parties
égales, au lieu de 200 parties seulement et de l'autre en 500 parties, au lieu de 400, et
parce que ces divisions de 2 décimètres en 250 et 500 parties ne sont, en aucune façon,
métriques. La règle du Louvre et ses divisions ne prouvent ainsi qu'une chose, à savoir que
les ingénieurs et les géomètres assyriens agissaient identiquement comme nous, puisqu'ils
avaient à leur disposition : 1° d'une part, comme tous les hommes de leur temps, un empan
divisé métriquement en 10, en 12 et en 60 parties égales, précisément comme nous avons un
double-décimètre, 2° et ensuite une règle d'un empan de long divisée en 16, en 32, en 48,
en 64, en 80 et en 96 parties égales, divisions qui ne sont pas plus métriques que celles de
notre échelle du cadastre.

Cette dernière règle avait même pour eux infiniment plus de valeur que notre échelle,
parce qu'elle réunit, en fait, quoique sous une bien petite dimension, un très grand nombre
d'échelles différentes.

Mes observations prouvent que ceux qui ont voulu attribuer vos statues à des architectes
ont été dans l'erreur la plus complète, parce qu'il est impossible d'admettre qu'un architecte
puisse avoir à dresser des plans réduits à l'échelle du 300 ou du 400 millième et même plus.
En fait, les architectes n'étudient qu'une science spéciale, l'architecture, tandis que vos Chal-
déens avaient certainement une science beaucoup plus générale et plus variée. Ils étaient de
véritables ingénieurs, pouvant s'occuper sans doute d'architecture, à un moment donné, mais
ne s'en occupant pas d'une manière exclusive. Peut-être même conviendrait-il de les con-
sidérer comme des ingénieurs militaires, attendu que le dessin qui est sur leur tablette, et
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