Revue égyptologique — 2.1881

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Eugène Revillout.

de Cohen, t. II, p. 187). J'avais seulement constaté que ces extraits ne répondaient à rien —
étant en contradiction avec les proportions les mieux connues des mesures entre elles — et
j'en avais emporté des préjugés contre le livre dont on avait tiré de telles erreurs. Mais je
viens de voir, il y a quelques jours, que le même livre était compris d'une façon fort diffé-
rente par notre illustre maître M. Oppert, dont l'intuition est si perspicace et qui n'est guère
critiqué que par ceux qui le pillent ou par les incompétents '. J'ai l'habitude de tenir grand
compte, quant à moi, de ses observations. Aussi ai-je voulu de suite me procurer la métrologie
de M. Saigey, puisqu'il en parlait avec éloge, et je viens de l'étudier après l'impression de mon
travail sur les mesures égyptiennes. Si donc M. Saigey et moi nous nous sommes rencontrés
d'une façon surprenante, et si de cette rencontre sont sorties : d'abord l'identification absolue
des mesures égyptiennes et hébraïques du premier système juif ; puis leurs équations d'après
un système de raccordement dont je vais avoir à parler — il faut reconnaître que c'est tout
à fait fortuitement et sans parti pris. J'ai déterminé les nouvelles mesures démotiques indi-
quées plus haut et leurs contenances respectives sans savoir le moins du monde à quelles
comparaisons singulières et à quels résultats inattendus ces déterminations allaient me con-
duire. J'ignorais complètement la théorie de M. Saigey : et cependant cette théorie allait
devenir maintenant d'une certitude incontestable.

système, p. 24, et celui des mesures de solides au nouveau système, p. 50. Il a pu ainsi donner au bath
(ies liquides (qu'il appelle aussi, ou ne sait pourquoi, artaba, puisque Yartabe est une mesure de solides)
environ 72 litres, et à l'épha (qu'il aurait dû appeler artabe, pour suivre les métrologistes grecs) environ
36 litres. De même, le cor des liquides aurait 720 litres, et le cor des solides 350, etc., etc. Et cependant
M. Thiou.et prétend avoir fait ses tableaux pour les mesures suivant les dernières découvertes réunies par
M. Saiyey dans son traité de métrologie. Comment donc M. Cohen a-t-il pu imprimer ce singulier abrégé, et
surtout comme commentaire du texte d'Ezéchiel (XLV, II), qui enseigne précisément le contraire?

1 Dans cette dernière catégorie, ce serait avec chagrin que nous nous verrions réduits à ranger
un métrologiste distingué pour lequel nous avons la plus grande estime, M. Aurès. — Tant que M. Aurès
se bornait à taire de la métrologie égyptienne ou assyrienne, en empruntant ses données philologiques aux
études des égyptologues et des assyriologues, on ne pouvait qu'applaudir à ses travaux, liais je viens de
voir un nouveau fascicule du Recueil de M. Vieweg dans lequel il attaque les données de MM. Oppket et
Lknormant au point de vue assyriologique, en discutant leurs traductions, sans avoir fait d'ailleurs les longs
travaux de linguistique préparatoires. Ceci me semble un abus, abus dont nous ne voyons, hélas! que trop
d'exemples. Quant à moi, je réagirai toujours contre cette tendance. Pour se permettre de critiquer les
travaux d'un linguiste, il faut avoir fait toutes les études qu'il a faites, avoir traduit, de soi-même, autant
de textes qu'il en a traduits, bref être aussi avancé que lui dans la même branche de la science. Il est
peut-être certaines spécialités pour lesquelles les documents originaux qui seuls comptent, étant en nombre
limité, se laissent embrasser et pénétrer de suite par le premier venu; mais on n'est capable d'effectuer
aucun progrès comme linguiste et on ne peut juger des progrès accomplis sans avoir une préparation
philologique considérable. Pour moi, je trouverai toujours que ceux qui se bornent à prendre les textes
traduits par un autre pour y changer, de loin en loin, quelques mots (la plupart du temps à tout hasard)
ne sont que de très pauvres linguistes. A de tels hommes, il faudrait imposer pour pénitence de traduire
eux-mêmes uu texte inédit (qui ne fut pas identique à un texte déjà traduit). C'est ce que me disait souvent
M. OrpERT, et je trouve qu'il a parfaitement raison. Place aux inventeurs, aux découvreurs et aux déchijff'reurs !
(qu'on me pardonne ces expressions). Les plagiaires et les incompétents ne viendront qu'après. Les uns ne
savent, comme le chacal, que ronger les os laissés par le lion; les autres devraient avoir au moins la
modestie du silence.

Ceci n'est qu'une observation générale, qui ne s'applique point à notre ami M. Aurks. 11 a montré
qu'il était capable d'autre besogne. Seulement il devrait rester dans la métrologie qu'il connaît si bien et
dont le champ est assez vaste pour occuper sa grande activité intellectuelle.
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