Revue égyptologique — 2.1881

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» sont, dit-il, des coffres ou bières de granit plus grandes que nature, fort mal faites. » La
Fontaine ayant un jour à parler au célèbre surintendant ne put, quoique son familier, être
immédiatement introduit auprès de lui; il dut attendre dans une galerie où son attention se
fixa sur les deux sarcopbages égyptiens, ainsi que l'atteste une de ses épîtres à Fouquet :
«j'attendis, dit-il,

«En ce superbe appartement
«Où l'on a fait d'étrange terre
« Depuis peu, venir à grand' erre,
«(Non sans travail et quelques frais)
«Des rois Cephrim et Kiopès
«Le cercueil, la tombe où la bière1.
«Pour les rois, ils sont en poussière.
« Il me fallut entretenir
«Avec ces monuments antiques
«Pendant qu'aux affaires publiques
«Vous donniez tout votre loisir.
«Vous semble-t-il pas que l'image
«D'un assez galant personnage
«Sert à ces tombeaux d'ornement?
«Je ne pus m'empêcher d'en rire
« Messire Orus, me mis-je à dire,
«Vous nous rendez tous ébahis;
«Les enfants de votre pays
« Ont, ce me semble, des bavettes
« Que je trouve plaisamment faites »2.

Thévenot parle également de ces deux sarcophages qu'il avait vus à S1 Mandé (Rela-
tions, etc., p. 251). Plus tard Fouquet les fit transporter à Vaux où Méléandre (l'homme
noir, c'est-à-dire Lebrun, c'est Mlle de Scudéry qui parle), fut chargé de les installer et
« fit bastir en un petit coin de terre assez irrégulier deux pyramides à l'imitation de celles
» qui sont auprès de Memphis.

« Ensuite ces deux monuments ont passé dans les mains d'un sculpteur de Paris de
» qui André Le Nostre, premier jardinier du Roy, Tes acheta, qui les fit mettre dans le petit
»jardin des Tuileries, du côté de la Grande Ecurie, où les rares pièces ont été très long-
temps exposées aux injures de l'air et fort négligées. Enfin Le Nostre en a fait présent à
» Valentiné» (Germain Brice, éd. 1698, I, 121).

Bernin de Valentiné était contrôleur général de la Maison du Roi et occupait un jardin
donnant «du côté des Tuileries dont il n'était séparé que par le Grand Manège».

En 1698 le docteur Lister visitant les curiosités de Paris voulut étudier ces monuments dont
la célébrité était européenne, mais «par malheur, M. de Valentiné les avait envoyés à sa maison de
» Tours peu de temps avant mon arrivée, écrit Lister; on dit qu'un de ces tombeaux est de pierre de
» touche noire3, qu'il vient de la haute Egypte et qu'il est rempli d'hiéroglyphes. Le père Kircher en
»a fait une mention spéciale» (Lister, p. 108). La maison de Tours dont il est question ici est le
château d'TJssé4 qui avait appartenu à Vauban dont Valentiné avait épousé la fille aînée.

1 On voit que La Fontaine n'hésite pas à attribuer ces monuments à Chephren et Chéops; nous con-
staterons tout à l'heure que les audaces d'imagination du poète ont été bien dépassées par celles de l'ar-
chéologue Kircher.

2 Le fabuliste fait ici allusion à la barbe postiche qui descend sur la poitrine des défunts.

3 Basalte; c'est le n° D 7.

4 Au confluent de l'Indre et de la Loire.
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