Revue égyptologique — 2.1881

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GOLÉNISCHEFF.

ayons traversé le pays de Senmout. Nous voilà arrivés en paix, et notre pays — voilà que
nous l'avons atteint !

Ecoute-moi, mon chef : je suis privé de ressources! Lave-toi et verse-toi de l'eau sur tes
doigts : (ensuite) dirige, adresse la parole au pharaon! Ton cœur préservera ton discours d'in-
cohérence. Car malgré que la bouche de l'homme peut le sauver, sa parole peut (aussi) le
rendre confus (mot-à-mot «le fait couvrir son visage»). Agis (donc) d'après l'impulsion de ton
cœur : (tout) ce que tu pourras dire (me) rendra tranquille.

Maintenant je vais aussi te raconter ce qui m'est arrivé, à moi personnellement. J'étais allé
aux mines du Pharaon («s^-s^J^-j et j'étais descendu à la mer dans un navire de 150 cou-
dées de long sur 40 de large avec 150 matelots des meilleurs de l'Égypte, qui avaient vu ciel
et terre et dont le cœur était plus prudent que celui des lions.

. Ils prédisaient que le vent ne deviendrait pas mauvais ou qu'il n'y en aurait pas du tout.
Mais un coup de vent survint pendant que nous étions sur mer. A peine nous approchions
nous de la terre qu'un vent se leva et fit redoubler les vagues jusqu'à huit coudées. Moi je
m'emparai d'un morceau de bois tandisque ceux qui étaient dans le navire périrent sans qu'il
en resta un seul. Grâce à une vague de la mer je me transportai sur une île, ayant passé
trois jours tout seul sans autre compagnon que mon propre cœur. Je me couchai là dans un

taillis ^ t3^';^"^^ft|A^w^^i) ct *'°°rt,re m'y enveloppa. Enfin j'allongeai

mes jambes pour tâcher de mettre quelque chose dans la bouche (c'est-à-dire «je me levai
pour me chercher quelque nourriture»). Je trouvai là des figues et du raisin, toute sorte de
magnifiques plantes Aaqt, des fruits Kaou et des fruits Neqou, des melons de toutes espèces,
des poissons et des oiseaux. Rien n'y manquait. Je me rassasiai, tout en mettant à terre le
surplus dont mes bras étaient chargés. Je creusai une fosse, j'allumai un feu et je fis un
bûcher de sacrifice aux dieux.

Tout à coup j'entendis un bruit tonnant, que je crus être celui d'une vague de la mer.
Les arbres tressaillirent et la terre remua. Je découvris ma face et je trouvai que c'était un
serpent qui s'approchait : il était long de 30 coudées et sa barbe dépassait la grandeur de
deux coudées. Ses membres (= ses anneaux) étaient incrustés d'or et sa couleur était comme
du vrai lapis. Il se repliait en avant.

Il ouvrit sa bouche, tandisque j'étais prosterné devant lui, et me dit : «Qui t'a amené,
qui t'a amené, petit, qui t'a amené? Si tu tardes de me dire, qui t'a amené sur cette île,
je te ferai connaître toi-même (c'est-à-dire : je te ferai connaître le prix que tu attaches à
ta personne) : ou comme une flamme tu deviendras invisible (= tu disparaîtras), ou tu me
diras quelque chose que je n'ai (jamais) entendue ou que j'ignorais avant toi.»

Ensuite il me mit dans sa bouche, me prit à son lieu de repos et m'y déposa sans me
faire du mal : j'étais sain et sauf sans que quelque chose me fût enlevée.

Alors il ouvrit sa bouche contre moi, tandisque je m'étais prosterné devant lui, et me dit :
«Qui t'a amené, qui t'a amené, petit, qui t'a amené sur cette île qui est dans la mer et
dont les bords sont au milieu des flots.»

Alors je lui répondis en tenant les bras baissés devant lui, et je lui dis : «Je m'étais
embarqué pour des mines sur l'ordre du pharaon dans un navire de 150 coudées de long
sur 40 de large. Il y avait là 150 matelots des meilleurs de l'Egypte qui avaient vu ciel et
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