Revue égyptologique — 2.1881

Page: 343
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Un ancien conte égyptien.

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terre et dont le cœur était plus prudent que celui des lions. Es prédisaient que le vent ne
deviendrait pas mauvais ou qu'il n'y en aurait pas du tout. Chacun d'eux (c'est-à-dire de ces
matelots) surpassait son compagnon par la prudence de son cœur et la force de son bras,
et moi, je ne leur cédais en rien. (Tout à coup) un coup de vent survint pendant que nous
étions sur mer. A peine nous approchions nous de la terre que le vent se leva et fit re-
doubler les vagues jusqu'à huit coudées. Moi je m'emparai d'un morceau de bois, tandisquc
ceux qui étaient dans le navire périrent sans qu'il en resta un seul (avec moi) pendant ces
trois jours. Me voilà (maintenant) auprès de toi, car je fus transporté sur cette île, grâce à
une vague de la mer. »

Là-dessus il me dit : «Ne crains pas, ne crains pas, petit, et n'attriste pas ton visage!
Car si tu m'as atteint, c'est que Dieu t'a laissé vivre. Car c'est lui qui t'a amené sur cette

île enchantée (litt. «cette île du génie ( ' D /ww«|_j àa peu en ka>) où rien ne manque et

qui est remplie de toutes bonnes choses. Voilà : tu passeras un mois après l'autre jusqu'à ce
que tu auras fait quatre mois à l'intérieur de cette île. Alors un navire viendra de la patrie
avec des matelots, et tu pourras partir avec eux vers ta patrie : tu finiras ta vie (en ég.
«tu mourras») dans ta ville.

La conversation est une chose réjouissante : celui qui la goûte passe (facilement) les
tristes circonstances. Donc, je vais t'entretenir de ce qu'il y a dans cette île. Je suis là
avec mes frères et mes enfants, entouré d'eux. Nous atteignons le nombre de 75 serpents,
tant enfants que familiers, sans mentionner encore une jeune fille qui m'avait été amenée
par hasard (?)..............1

Si tu es fort et si ton cœur reste patient, tu presseras à ta poitrine tes enfants et tu
embrasseras ta femme. Tu reverras ta maison, qui est la meilleure chose de toutes, et tu
atteindras la patrie où tu seras au milieu de tes familiers. »

Alors je m'inclinai en me prosternant et je touchai le sol devant lui (en disant) :
«Voilà ce que je te dirai là-dessus : je décrirai ta personne au Pharaon, je le ferai recon-
naître ta grandeur et je te ferai amener de l'Ab, du Hekennou, du Jouden2, de la cassia
et de l'encens employé aux temples et avec lequel tout dieu est honoré. Je raconterai en-
suite ce qui m'est arrivé de voir, grâce à lui (c'est-à-dire : par la grâce du Pharaon qui m'a
envoyé faire l'expédition), et on t'accordera des remercîments devant l'affluence de tout le
pays. J'égorgerai pour toi des ânes en sacrifice, je plumerai pour toi des oiseaux et je ferai
amener pour toi des navires remplis de toute sorte de trésors de l'Egypte, comme c'est con-
venable de faire à un dieu ami des hommes dans un pays éloigné que les hommes ne con-
naissent pas. »

Alors il sourit à ce que je disais à cause de ce qu'il avait sur le cœur, (car) il me
dit : «Tu n'es pas riche en parfum Anti, car tout (ce que tu as) n'est que du simple encens
(nouter sonter). Mais moi qui suis le prince du pays de Poun-t, j'y ai du parfum Anti. Seul
le parfum Ileken, dont tu m'as dit qu'il serait apporté, n'est pas abondant sur cette île.

1 Malheureusement, en cet endroit de notre papyrus, quelques lignes me présentent des difficultés
qui m'empêchent de débrouiller le sens de la légende qui s'attache à la jeune fille du serpent. Il s'agit
d'une flamme qui paraît avoir été funeste à cette petite fille.

■ Ce sont des ingrédients qui étaient employés, dans les temples, pour la fabrication d'huiles sacrées.
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