Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 18.1878

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GUSTAVE COURBET.

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Salon de 1866, la Remise des chevreuils et la Femme au perroquet.

La Remise des chevreuils, qui fut achetée par M. Lépel-Cointgt, est
un des meilleurs tableaux du peintre d’Ornans. Ici pas de noirs, pas de
tons lourds, partout des gris fins. Le sujet n’est pas d’un intérêt bien
émouvant : il s’agit d’une bande de chevreuils qui s’est arrêtée dans les
bois, près de roches aux colorations nacrées et sur lesquelles se des-
sinent les ombres tremblottantes des feuillages. Tonalités très fines; exé-
cution distinguée. Un succès, qui mit d’accord l’artiste, la foule et la
critique, accueillit ce paysage lumineux et clair.

La Femme au perroquet provoqua plus de discussions. Ce n’était
pas la première fois que Courbet s’essayait dans la peinture des formes
nues. Il l’avait fait dans la petite Dormeuse de 18A7, dans le modèle de
VAtelier du peintre, dans les Raigneuses et aussi dans un tableau curieux
qu’il avait envoyé au Salon de I86Z1, et qui ne fut point exposé, celui
que je vois désigné dans certaines biographies sous le titre peu exact de
Vénus et Psyché. Courbet n’était pas aussi mythologique que cela. L’an-
tiquité n’avait rien à voir dans cette composition. Il s’agissait — on a
du moins voulu le croire — de deux de ces femmes dont les amitiés ont
inspiré à Baudelaire quelques vers fameux. Pour l’étude de la nature et
du modelé, ce tableau suspect était de grande valeur; il prouvait que
Courbet pourrait devenir un bon peintre de nudités amoureuses, dès
qu’il aurait renoncé à son ancien culte pour la mauvaise tradition bolo-
naise, à ces bruns surchauffés dont il avait tant abusé à l’origine. Courbet
reconnaissait son erreur ; il voulait peindre plus clair : la Femme au
perroquet marqua très nettement cette nouvelle tendance.

Courbet avait commencé par faire une étude de nu, qu’il donna,
dit-on, à un ami. Nous croyons que cette étude est la Femme couchée
qu’on a revue le 20 avril 1875 à la vente de M. H..., et d’après laquelle
M. Waltner a gravé une eau-forte que la Gazette a publiée l’autre jour.
Ce n’est qu’un fragment de figure, assez mal arrangé dans le cadre, une
femme étendue sur le dos, et dont les jambes repliées sont comme
absentes, mais la peinture est pleine de fermeté et de vaillance. Il y
avait dans ce brillant morceau le principe cl’un tableau futur. Et, en
effet, la dormeuse, ingénieusement réveillée, la tête renversée en arrière,
un des bras relevés et tenant un oiseau au plumage d’un vert bleuis-
sant, est devenue la Femme au perroquet. L’attitude cependant n’est
pas tout à fait la même. Courbet, partant d’un motif fourni naïvement
par la nature, a remué les lignes et corrigé le spectacle. Couchée sur le
dos, sa chevelure aux tons roux follement épandue autour du front, la
courtisane, bien que seule avec l’oiseau familier, a pris des attitudes de
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