Revue égyptologique — 2.1881

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Aug. Mariette-pacha.

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«A Monsieur Adrien de Longpékieb, conservateur des antiques et sculptures du-Musée du Louvre.

«Monsieur, Je ne crois pas qu'en ma qualité de simple employé du département confié à vos soins,
»je puisse écrire directement et officiellement à l'administration du Musée pour une demande que j'ai à
»lui soumettre. Permettez-moi donc de m'adresser à vous, sous les ordres de qui j'ai été directement placé.
»Je vous prierai ensuite de transmettre cette demande à qui de droit.

«Vous savez, Monsieur, que mes occupations du Musée me laissent chaque jour, en dehors d'elles-
» mêmes, quelques heures de liberté que je puis utiliser à mon profit. Vous savez encore combien, père de
», famille, il est nécessaire que j'use de ces quelques heures pour augmenter un peu mes ressources, qui
»sont malheureusement si bornées. Je viens donc vous prier de vouloir bien m'autoriser ou me faire
» autoriser à mettre en ordre, à mes heures perdues, à coller, à cataloguer quelques-uns des papyrus égyp-
» tiens de la collection du Louvre, aux conditions que l'Administration a faites à M. Nisakd, qui achève en
»ce moment son travail. Je vous répète que, vu les circonstances particulières dans lesquelles je me trouve
»en ce moment, vous me rendrez un service signalé en m'accordant l'objet de la présente demande.

«J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble serviteur.»

M. de LoNGPÉitiEK transmit cette demande au directeur le 22 octobre 1849. Ou inscrivit sur la lettre
de renvoi la réponse suivante :

«Il a été décidé que M. Mariette, étant employé et payé au mois, ne pouvait avoir d'autres occu-
pations rétribuées au Musée.»

Cependant M. Mariette travaillait avec ardeur, tant au classement do notre Musée qu'à des études
égyptologiques particulières. Il dut beaucoup contribuer à la Notice des Monuments égyptiens de la salle du
rez-de-chaussée que M. de Rougé fit paraître cette aunée-là même et qui est encore en cours de vente dans nos
galeries, après de bien nombreuses éditions. C'est aussi en 1849 que M. Mariette fit paraître, dans la Bévue
archéologique (tome VI, p. 305 et suiv.), un fort intéressant mémoire « Sur un fragment du papyrus royal de
>- Turin et la VIe dynastie de Manéthon1 ». M. Mariette y montre déjà cette netteté et cette perspicacité
prudente qui forment son caractère dominant dans toute sa carrière égyptologique. Généralement M. Mariette
craint toujours de trop s'avancer; mais il faut tenir grand compte de toutes les observations qu'il ose pro-
duire. Déjà, dans ce mémoire, il s'était classé parmi les maîtres. C'est donc à bon droit que, pendant les
années qui suivent, la rédaction de la Revue semble fière de ce «collaborateur» qui ne lui avait pourtant
encore donné que ce seul article. Quant à M. de Rouge, il faisait à la même époque des pas de géant dans
le déchiffrement des textes égyptiens. C'est en 1849, par exemple, qu'il lut à l'Académie son célèbre
mémoire sur l'inscription d'Ahmès, qui fut une véritable révélation. Pour la première fois les textes hiéro-
glyphiques se trouvaient soumis à une aussi stricte analyse philologique que les textes des langues clas-
siques. L'Égyptologie en était enfin arrivée à sa période scientifique.

M. de Rougé continuait, du reste, l'exploration des différents musées égyptiens d'Europe.-Le 27 juillet
1849, il avait obtenu une mission à Leyde et à Berlin. Le 22 mars 1850 il en obtint une autre pour Naples,
Rome, Florence, Turin et Vienne. De ces missions devait sortir son magistral et célèbre rapport.

M. Mariette voulut, lui aussi, s'éclairer par la comparaison des textes. Il adressa donc une demande
de mission pour l'Egypte, demande sur laquelle M. le ministre consulta l'Académie.

M. Lenormant, de l'Institut, avait alors succédé à notre immortel Letronne2 dans la chaire de Cham-
pollion. Il fut chargé du rapport, et il le lut dans la séance du 21 juin 1850, au nom d'une commission
dont faisaient également partie MM. Quatremère, Jomabd et Ampère. Ce dernier, on le sait, s'était beaucoup
occupé des hiéroglyphes, de même que M. Quatremère du copte. Quant à M. Jomard, c'étaient ses travaux
- comme le reconnut plus tard M. Mariette — qui devaient donner à notre grand archéologue le fil
conducteur pour sa découverte admirable du Sévapéum.

La commission était donc parfaitement compétente, et elle accueillit avec beaucoup de bienveillance
la demande du jeune savant. Cette demande s'appuyait surtout sur la mission anglaise en Egypte, qui
avait rapporté au British Muséum tant de manuscrits syriaques importants. M. Mariette désirait explorer
à son tour les couvents pour y consulter les manuscrits coptes, et il se proposait aussi de faire des fouilles
pour étudier les monuments de l'ancienne Egypte. Ce dernier motif, donné comme subsidiaire, était secrète-
ment le principal, car M. Mariette avait en copte des connaissances tout à fait insuffisantes. Ce qui l'attirait
on réalité surtout, c'étaient les monuments hiéroglyphiques. Mais il avait peur de soulever des questions
de budget en insistant trop sur les fouilles, et, pour mieux réussir, il se bornait à solliciter un crédit
infime : 6000 francs.

Nous ne reproduirons pas ici le rapport de M. Lenormant, appuyant chaleureusement sa demande.

1 Chose digne do remarque, la dernière découverte de M. Mariette, presque au moment de sa mort, est aussi relative à la
VIe dynastie, ainsi qu'on a pu le voir dans la lettre de M. Brugsch-pacha citée plus haut. (Voir le numéro précédent.)

2 M. Letronne avait songé à prendre M. de Rougé pour suppléant. C'est de la bouche mémo de notre illustre maître que nous
tenons ces détails. Mais après la mort de Letronne on choisit tout naturellement l'ancien compagnon de Champollion en Egypte, qui
lui-même s'était occupé très activement des antiquités égyptiennes.
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