L' art: revue hebdomadaire illustrée — 5.1879 (Teil 4)

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AVANZI IlELLA RoCCA.

Fort e r e s s e d e s Mai. a test a .
Gravure de Puypiat.

SEIGNEURS DE RlMINl.

FRANÇOISE DE RIMINI

DANS LA LÉGENDE, I/ART ET L'HISTOIRE

D'après les documents de la Gambalunga de Rimini et les pièces produites par feu M. Tonini.

Je voudrais porter la lumière sur le fait historique, tics ,
controversé, qui a servi de texte à l'épisode célèbre du Ve chant
de l'Enfer de la Divine Comédie : le meurtre de Francesca di
Rimini, et celui de Paolo di Malatesta, par Giovanni Malatesta,
connu dans l'histoire sous le nom de Sciancato (Déhanché).

Les archivistes italiens ont mis à jour nombre de documents
épars çà et là; on a discuté les textes des vieux chroniqueurs,
contesté les assertions qui semblaient les mieux acceptées et les
plus indiscutables; il faudrait coordonner le tout, mettre en scène
les personnages, les replacer dans leur milieu historique, et sur-
tout, s'appuyant sur les seuls récits auxquels on doit accorder
une légitime confiance, démêler la vérité historique et les cir-
constances spéciales aux acteurs sous la légende poétique qui
s'est formée, légende désormais plus réelle et plus vivante que
l'histoire elle-même, grâce à l'incomparable génie du Dante.

La peinture a trouvé là des sujets cent fois répètes de géné-
ration en génération ; la sculpture a consacré maintes fois les
divers épisodes, l'art dramatique y a puisé de superbes inspira-
tions; la musique enfin a brodé sur ce thème, âgé de plus de cinq
siècles, ses plus délicates fantaisies et ses mélodies les plus poi-
gnantes. Comme celui de Roméo et Juliette, c'est pour l'art un
sujet immortel toujours rajeuni par un nouveau génie.

A Sienne, dans la Maremme, on cherche les souvenirs de
Pia di Tolommei; à Pise, J. J. Ampère voulait toucher du
doigt les assises ruinées du monument d'Ugolin, où Rosini re-
connaît les restes de « la Tour de la faim ». Voyons si. à Rimini,
à Pesaro, à San Arcangelo, on pourrait, après tant de siècles,
suivre les traces des victimes de Malatesta ou de leur meurtrier.
Sans doute 1 histoire, en ces périodes du moyen âge, est encore
bien obscure, pleine de doutes et de ténèbres; mais il ne faut
pas renoncer à la possibilité de donner au fait son véritable ca-
ractère, et ce n est pas trop s'avancer que de dire qu'après un
mûr examen des documents et récits du temps, on peut se for-
mer une idée juste d'un événement qui semble flotter dans l'his-
toire à l'état de légende, comme les deux âmes désolées des

I victimes de Malatesta flottent dans l'air méphitique du second
cercle de l'Enfer.

Il est nécessaire de replacer le fait dans son milieu historique.
Nous sommes dans la seconde moitié du xnie siècle, à l'aurore de
ces républiques italiennes dont Sismondi a écrit l'histoire : une
évolution considérable se produit, qui aboutira bientôt à la con-
stitution des dynasties locales qui vont régner dans la plupart
des villes de la haute Italie assises au bord de l'Adriatique.
Ces familles se transmettront régulièrement le pouvoir pendant
plusieurs siècles, et quelques-unes d'entre elles jetteront un très
vif éclat. Les deux victimes et le meurtrier appartiennent à la
famille des Polenta et des Malatesta; on les désigne ordinaire-
ment dans l'histoire sous le titre de « Seigneurs de Rimini » et
« Seigneurs de Ravenne » ; Seigneurs, ils vont l'être, en effet ;
mais, au moment précis du meurtre, ils ne le sont point encore.
11 nous faudrait peut-être montrer comment, sur les ruines du
pouvoir des empereurs d'Occident, s'étaient fondées ces puis-
sances nouvelles, qui, en fait, éludaient tout contrôle, sans
jamais récuser, toutefois, la suzeraineté nominale des papes
ou celle des Césars, successeurs de Charlemagne, Empereur
d'Occident. Mais nous ne voulons pas embarrasser un récit au-
quel nous essayerons de donner la réalité de la vie, et nous
compterons sur la sagacité du lecteur pour placer le sujet dans
son cadre.

I.'ÉPISODE DE FRANCESCA DANS LE TEXTE 1)0 DANTE.

Il est à peine besoin de retracer la scène de la Divine Comé-
die, popularisée par la peinture et la sculpture. Dante, accom-
gné par Virgile, a pénétré dans le deuxième cercle de l'Enter.
Là, Minos siège, terrible et grondant; il examine les crimes à
l'entrée, il juge et condamne selon qu'il se ceint. Il y a toujours
une multitude d'âmes devant lui ; elles vont, chacune à son tour,
au jugement; elles parlent, écoutent et sont précipitées.

Et voilà que des cris plaintifs commencent à se faire en-
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