L' art: revue hebdomadaire illustrée — 5.1879 (Teil 4)

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LE MOBILIER DANS LES ÉGLISES.

4)

chérie, il en déduit les conséquences. « II faut bien croire que,
se voyant ainsi trompée, elle entra en courroux et ne songea
point à bannir de son cœur l'amour qu'elle avait déjà voué à
Paolo. » Le poète reconnaît qu'ils vivaient dans une certaine
familiarité « dimestichezza », mais nous avons vu que lorsqu'il
s'agit de dire jusqu'où allait cette intimité, le conteur se récuse
et dit qu'il incline à croire qu'il y a là une fiction de l'auteur,
basée sur l'issue probable, plutôt que sur un fait avéré. iPiuttosta
fi^ion formata sopra quelle, che era possibile ad essere avenuto,
che io non credo que l'autore sapesse che cosi fosse. »

On me permettra de glisser rapidement sur un mot du récit
relatif au serviteur qui dénonce, « Cio che délie bisogne sapeva ».
Je ne dis pas qu'il ne faille voir là une formule courante, « le
bisogne, les affaires ». Mais les Italiens, versés dans la connais-
sance du glossaire du xiv" siècle, pourraient seuls nous dire
quelle analogie on peut établir entre la signilication de ce
mot et la « besongne » telle que la comprenait notre Mon-
taigne.

Chari.es Yriartk.

{La suite prochainement.)

LE MOBILIER DANS LES ÉGLISES.

Cent fois j'ai été frappé du mauvais goût de certains mobi-
liers dans un grand nombre d'églises; cent fois je me suis
promis de tonner quelque part contre cet état de choses, et.
aujourd'hui plus que jamais, je songe à me tenir parole, en
disant dans l'Art ce que je pense à ce sujet.

Irai-je jusqu'à lancer des foudres vengeresses aux coupables,
ou jusqu'à épuiser contre eux toutes les flèches de mon car-
quois? Assurément non, car, après tout, il ne s'agit que d'ouvrir
les yeux à des fabriciens routiniers, et d'appeler l'attention
de qui de droit sur un point très négligé.

Napoléon Ier, en s'occupant des fabriques des églises dans
un décret du 30 décembre 1809, a défini les attributions des
marguilliers; et, par suite, ceux-ci — le curé de la paroisse et le
maire de la commune à leur tète le plus souvent — sont char-
gés entre autres choses de pourvoir à l'achat et à l'entretien des
meubles, ustensiles et accessoires des églises. Ce sont donc les
œuvres de ces administrateurs qui sont en cause présentement,
et ce sont aussi celles, beaucoup plus choquantes peut-être, des
pieuses dames qui ornent les églises comme leurs maisons, et
étalent à nos yeux sur les autels les produits de leur ignorance
en fait d'art.

Ce qu'on rencontre d'objets ridicules ou affreux dans quel-
ques églises de Paris et dans presque toutes celles de province
est vraiment incalculable : là c'est un devant d'autel qu'on pren-
drait pour un couvre-pieds; ici ce sont des chandeliers, des
flambeaux et des lustres dont le clinquant est sans égal; ail-
leurs ce sont des tapis qui seraient tout juste à leur place dans
un salon bourgeois; et de côté et d'autre ce sont des fleurs arti-
ficielles dont le papier n'est que trop évident, des vases en
porcelaine provenant de boutiques à treize sous, des chemins de
croix comme on en vendra bientôt dans les foires, des christs,
des madones, des anges et des saints sortis de moules et de
maisons impossibles, des sièges boiteux et dépareillés, des vête-
ments et des ornements brodés sans talent, des lutrins piteux,
des châsses grotesques, des chaires sans style, des confessionnaux
sans caractère, des boiseries d'orgues sans cachet.

On me montrait l'autre jour, exposé à la vénération des
fidèles, un petit bonhomme en bois; il personnifiait, me disait-
on, un martyr des premiers temps du christianisme : c'était
horrible de sculpture, et pour comble, l'idole était placée sur un
coussin de drap de billard frangé de jaune et était vêtue d'une
tunique de mousseline blanche bordée de dentelle noire!

Qui ne connaît aussi ces couronnes dorées qui sont garnies
de verroteries simulant des pierres précieuses et dont on ceint
le front des vierges comme celui des reines de théâtre?

Qui ne détourne la vue (ayant quelque idée de l'art) de ces

christs grossièrement peints et dont le sang ruisselle sous les
coups des bourreaux?

Et que dire de ces Madeleines plus que vulgaires qui im-
plorent le ciel la gorge ouverte, les cheveux déroulés, les bras
tordus?

Voilà en quelques mots le mal signalé. Quant au remède,
le voici également sans phrase :

Il ne faudrait pour l'ornementation et l'ameublement des
églises ni marguillier ignorant, ni dévote à l'esprit petit, ni
profane incompétent. Des cours d'archéologie, — d'archéologie
du moins élémentaire, — devraient en conséquence avoir lieu
dans les séminaires, dans les écoles, dans les lycées et dans les
collèges, de manière que le prêtre, l'instituteur et tous autres
qui auraient passé par là fussent en état de faire profiter les
églises de leurs connaissances, de leur savoir. Et si. en outre, le
maire de l'endroit était lettré, si un architecte intelligent était
consulté, on pourrait certes signaler bientôt d'heureux progrès,
et voir dans les temples des objets capables d'inspirer des sen-
timents religieux plutôt que des sentiments irrévérencieux.

Qu'on ne l'oublie pas, ce qui est laid coûte souvent aussi
cher que ce qui est beau. Savoir choisir avec discernement est
donc nécessaire, afin de n'exposer en public que des choses
dignes, grandes et aussi parfaites que possible.

.le visitai dernièrement, dans une excursion archéologique,
la modeste église d'un humble village. Cette église était du style
ogival du xiii" siècle; le lierre étreignait, escaladait ses contre-
forts; nul badigeon ne recouvrait ses murs, aucun objet ne
blessait le bon goût; deux ou trois tableaux et autant de statues
s'imposaient même aux regards. Et comme j'admirais une belle
variété de bégonias placés sur le maître-autel, dans de ravis-
santes jardinières de Rouen et de Sinceny, le curé me dit : « Je
n'ai pas encore admis ici les fleurs fabriquées : elles sont sou-
vent mal faites et ne me disent rien ; en revanche, je recherche
et je cultive les autres; elles me paraissent toujours irrépro-
chables, puisqu'elles sont l'œuvre de Dieu. Quant au surplus
de ce que vous remarquez, il s'explique ainsi : je n'aime,
dans une église, ni ce qui sent la prétention, ni ce qui constitue
le faux luxe; je repousse les objets mesquins, j'écarte les futi-
lités, et j'arrive aux résultats que vous constatez. »

Je fis compliment au prêtre de sa manière d'agir; je recueil-
lis même ses paroles comme d'utiles conseils pour autrui; je les
ajoute à mes appréciations personnelles sur le mobilier dans les
églises, et.....à bon entendeur salut.

Emile Collet,

Membre de la Société historique et .trcliéolo/ique
de Soissons.
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