L' art: revue hebdomadaire illustrée — 5.1879 (Teil 4)

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COURRIER DES MUSÉES

XXIII'

DEUX NOUVEAUX TABLEAUX DU MUSÉE DE LILLE.

Parmi les œuvres données nouvellement au muse'e de Lille
par notre généreux concitoyen M. A. Brasseur, il est deux portraits
qui réclament une mention et une étude spéciales, par la raison
que ces tableaux figurent déjà dans les musées célèbres de
Munich et de Bàle, où ils jouissent d'une réputation méritée.

Le premier est le portrait de Jehan Neudorf par Nicolas
Neufchatel, dit Lucidel; le second est celui de la femme et
des enfants d'Holbein.

PORTRAIT DE J. NEUDORF.

Le portrait du musée de Munich porte l'inscription suivante
peinte sur le cadre :

« Joannes Neudorf per Europam universam infinita disci-
pulorum, arithmetices, graphices multitudine celebris, incom-
parabilis industrie exemplar. magnum ornamentum patriœ
reipublicre Noribergensis cui desideratissimam civis effigiem
v. cetatis LXIII autor Nicolaus de Novo Castello hospes gr.
er. d. d. anno MDLX1. >

C'est-à-dire : « Jean Neudorf, célèbre dans l'Europe entière
par le nombre infini d'élèves qu'il a formés dans le calcul et le
dessin, modèle d'une incomparable science, grand ornement de
la république de Nuremberg à laquelle Nicolas de Neufchatel
son hôte, auteur du portrait, a offert en i56i l'image tres-
désirée de ce citoyen âgé de soixante-trois ans.

A mon avis, cette inscription, que donne le tableau du
musée de Munich, indique précisément que le portrait désiré
olfertà la ville de Nuremberg, en remerciement de son hospita-
lité, n'était qu'une copie d'un portrait exécuté précédemment et
qui avait excité l'envie de la municipalité. C'est le sens que doit
avoir le mot autor que porte l'inscription. Mais il y a plus : l'âge
de soixante-trois ans, inscrit sur le cadre du portrait de Neudorf,
confirme mon opinion que le portrait de Munich exécuté en 1561
n'est que la copie, la répétition d'un tableau peint antérieu-
rement. En effet, Jean Neudorf est né en 1497 ; il eut soixante-
trois ans en 1560 ; c'est donc en i56oque fut peinte l'œuvre
originale que nous possédons, et dont une copie, exécutée l'année
.suivante (en 1 >6i), fut offerte à la ville de Nuremberg.

Du reste, l'examen attentif et consciencieux des portraits
de Lille et de Munich ne laisse aucun doute sur la valeur rela-
tive de ces deux œuvres d'art ; et je crois pouvoir affirmer que
le portrait du musée de Lille est supérieur comme exécution ;
les mains particulièrement sont d'un dessin plus précis et plus
serré, la fourrure de la robe de Neudorf est également traitée
avec un soin, un fini que l'on ne remarque pas dans la répé-
tition de Munich.

Cela est si vrai, que des artistes qui ne connaissent pas le
tableau de Munich, ni par conséquent l'inscription qui en fait
une œuvre de Neufchatel, croyaient possible d'attribuer à
Holbein le portrait du musée de Lille.

La célébrité de Neudorf au xvi" siècle, ses relations amicales
avec Holbein auraient pu justifier cette opinion, si l'âge de
soixante-trois ans qu'avait Neudorf lorsque son portrait fut
c\ccuté ne rendait impossible l'attribution à Holbein, mort en
1544-

La biographie de Nicolas Neufchatel, dit Lucidel, est

1. Dans le numéro du 2; novembre, page iS8, le Courrier des Musées d>
■2. De I.iggeren, t. J, p. 135.

jusqu'ici presque ignorée ; les écrivains spéciaux sont muets sur
les détails de son existence et donnent pour sa naissance des dates
incertaines et même impossibles. Sirey, d'après M. Waagen,
fait naître Neufchatel vers 1550, et il cite comme son chef-
d'œuvre le portrait de Munich, peint en 1561! Le catalo-
gue de Munich indique comme date de naissance l'année 1540,
et fait mourir Neufchatel à Nuremberg en 1600. Quant au
catalogue plus récent, et généralement très exact, du musée de
Berlin, il dit :

« Neufchatel, Nicolas, surnommé Lucidel, né en 1539 à
Mons en Ilaynaut, élève de Pierre Coecke d'Anvers, mort vrai-
semblablement après 1590. Le surnom de Lucidel ne serait,
d'après une interprétation plus ancienne, qu'une altération de
Nutchidell, mauvaise leçon de Neuf-Chatel. »

L'auteur du catalogue de Berlin a confondu l'année où
Neufchatel entra en apprentissage à Anvers, avec la date de sa
naissance. On lit en effet dans les registres de la Gildc de Saint-
Luc d'Anvers, en l'année 15392; « Colyn (Nicolas) Van Nieu-
casteel fut reçu en apprentissage dans l'atelier de Pierre Coecke
d'Alost après avoir payé aux doyens la somme de dix florins d'or. »

Cela reporte vers i5ao la date de la naissance de Neuf-
chatel. Je ne connais pas, en France ni en Belgique, de por-
traits peints par Neufchatel. Le musée de Berlin en possède un
(n° 632 du catalogue), qui a souffert, et qui donne, malgré son
mérite, une opinion insuffisante du talent du peintre. En
sus de la répétition du portrait de Neudorf, le musée de
Munich en renferme deux autres: le premier (n° 77 du catalo-
gue), placé dans la seconde salle en pendant avec le précédent, est
le portrait d'un homme, d'un savant, vêtu d'une robe fourrée et
la tète couverte d'un bonnet noir. C'est une excellente pein-
ture, mais bien moins remarquable qu'un portrait qui ne ligure
pas au catalogue imprimé. 11 représente une femme de quarante
ans environ, presque de face et les mains croisées. Cette œuvre
d'une parfaite conservation est la plus belle du maître que j'aie
encore vue, ne connaissant pas les deux portraits du musée de
Pesth dont on m'a fait le plus grand éloge.

Grâce à la libéralité de M. Brasseur, le musée de Lille
offrira aux connaisseurs une œuvre remarquable de ce peintre,
Flamand de naissance, qui a laissé dans son pays si peu de traces
de sa vie et de son talent, et qui, dans les musées de l'Allemagne,
tient dignement sa place à côté des merveilleux portraitistes du
xvie siècle. Comme eux, Neufchatel a mis un tel talent, une telle
sincérité dans le rendu de la physionomie de ses modèles, que ses
œuvres, admirables au point de vue de l'art, sont encore pré-
cieuses et intéressantes pour l'historien, tant elles ont conservé
le caractère particulier des hommes dont elles nous ont laissé
l'image.

l'OUTRAIT DE I-a FEMME d'hOI.DEIN ET DE SES ENFANTS.

Les amateurs d'art, s'ils n'ont pas vu la peinture originale
du musée de Bâle, connaissent du moins soit par la photogra-
phie de Braun, soit par la gravure de M. Ch. Courtry que
M. Paul Mantz a placée en frontispice dans sa belle étude sur
Hans Holbein, le tableau dont je viens d'écrire le titre.

D'après la tradition, ce portrait est celui de Elsbeth

it porter le numéro XXII.
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