L' art: revue hebdomadaire illustrée — 5.1879 (Teil 4)

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FRANÇOISE DE RIMINT

DANS l-A LÉGENDE, I.'ART ET I-'hiSTOIRE

D'après les documents de la Gambalunga de Rimini et les pièces produites par feu M. Tonini.

(sVIT■ BT PIN1.)

CONCLUSION

Résumons-nous et concluons : quelles sont les circonstances
morales qui donnent à un fait si lointain son véritable caractère,
et de toutes ces assertions diverses, quelles sont celles qui parais-
sent positives ?

Pleins de pitié pour la victime, les uns ont vu dans Fran-
çoise une tendre créature sacrifiée à l'ambition d'un père, et
tous, poètes, peintres, sculpteurs, musiciens même, ont dessiné

d'après Dante une figure suave, pleine de jeunesse, de grâce et de
beauté. Au sortir de la couche où, par un cruel artifice de sa fa-
mille, elle avait trouvé le Sciancato abrupt, rude et cruel, à la
place du beau Paolo, ils l'ont fait tomber pâmée aux bras de ce-
lui qui l'avait d'abord conduite à l'autel par procuration. Bien-
tôt, après quelques recherches nouvelles, sur le bruit qu'en
avaient répandu les premiers historiens qui aient eu la curiosité
de creuser le sujet, il y a eu réaction : un de nos écrivains, rude
polémiste et poète satirique à ses heures, M. Louis Veuillot, a

Masque nu Dante Ai. ic, hieri
d'après l'empreinte prise sur le cadavre en Ijli.
Dessin de Charles Krcutzberger.

même insinué qu'au moment de sa faute et de sa mort, Fran-
çoise « n'avait plus tout à fait la fraîcheur du matin », et il s'est
formé une école qui a vu, dans la touchante figure invoquée par
le Dante, une matrone sur le retour, séduite en son automne
par un jouvenceau.

La vérité est au milieu; Françoise était belle, noble, fière
et d'un caractère altier; Boccace nous le dit, et Dante lui-même,
si sobre de détails, atteste l'énergie de la fille des Polenta, car
c'est elle qui lui répond, tandis que Paolo ne sait que fondre en
pleurs; et elle cloue énergiquement au front de son mari le nom

i. Voir l'Art, J' année, tome IV, pages 15, 41, 112, 140 et 160.

de « Caïn ». Elle devait avoir dix-huit ans au moment de son
mariage, vers 1275, et l'année de sa mort elle a vingt-huit ans.
Ce n'est plus tout à fait le printemps de la vie, mais il est évi-
dent que l'auteur des Parfums de Rome l'a calomniée quand il
dit :

« On parle de trente ans et même de quarante. ■

Il est difficile de révoquer en doute que son beau-frère
Paolo soit venu l'épouser par procuration; dans cette occasion,
elle a conçu pour lui la passion qui leur coûta la vie à tous deux
dix ans plus tard. Il faut en conclure, hélas ! que Françoise a la
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