L' art: revue hebdomadaire illustrée — 5.1879 (Teil 4)

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FRANÇOISE

DE RIMINI

DANS LA LÉGENDE, L ART ET L'HISTOIRE

D'après les documents de la Gambalunga de Rimini et les pièces produites par feu M. Tonini.

(SUITE'.)

Pourquoi cette lacune ? Et comment, si vivants dans l'his-
toire, ces Polenta sont-ils les seuls dont nous ne trouvons pas
l'empreinte dans une cité où ils ont régné plus de cent cinquante
ans ? C'est l'histoire qui nous répondra : le dernier Polenta qui
occupa la seigneurie avait pris parti dans la lutte qui s'était
engagée entre la république de Venise et le duc de Milan. Le
fameux condottiere Piccinino avait voulu détacher Ostasio Po-
lenta de l'alliance, et, déjà maître de la campagne autour de
Ravenne et de la foret, célébrée par le Dante, qui s'étend depuis
les portes de la cité jusqu'aux bords de l'Adriatique, il menaçait
la ville, qui dut payer un tribut de trois mille écus d'or. Le
peuple se souleva, il chassa Ostasio qui fit un retour offensif et
ressaisit un instant le pouvoir ; mais les Vénitiens employèrent
la ruse, et l'invitèrent, lui et sa femme Ginevra Manfredi, à visiter
la cité des Doges : là on leur donna des fêtes splendides pendant
qu'on fomentait à Ravenne une émeute populaire. Le 24 février
1441, les conjurés prirent les armes au cri de « Vive Saint Marc ! »
C'en était fait du pouvoir des Polenta. Ostasio et sa femme furent
retenus prisonniers dans le château fort de Trévise, plus tard
on les exila dans l'île de Candie en leur faisant une pension
annuelle de huit cents écus d'or. Les biens des Polenta furent
vendus à l'encan, leurs palais rasés, tout au plus subsista-t-il
quelques restes des fortifications qu'ils avaient élevées : ces débris
qui auraient pu attester leur passage disparurent même lorsque
l'occupation vénitienne remania le mur d'enceinte et contruisit
la forteresse actuelle de Brancaleone. Aussi, le voyageur qui
cherche à Ravenne les ruines du palais où naquit Francesca ne
peut qu'errer près du Braccio Forte où durent s'élever, et la mai-
son natale de la victime des Malatesta, et celle où Guido Novello
donna asile au chantre de la Divine Comédie.

Serons-nous plus heureux à Rimini, et si le berceau de la
fille des Polenta n'existe plus, trouverons-nous au moins, aux
lieux où la conduisit son époux, la trace de son foyer conjugal ?

Il serait peut-être plus facile d'essayer une restauration
archéologique de YAriminium de César et d'Auguste, que celle
du Rimino des vicaires de l'empire, et des Capitaines généraux
de l'Église romaine au xill' siècle. On aurait du moins pour base
les monuments et les descriptions circonstanciées des écrivains
de l'antiquité. La période romaine, en effet, est mieux repré-
sentée et plus palpable que la période féodale ; c'est d'abord le
beau Pont de Tibère sur la Marecchia, encore intact et qui
bravera longtemps les injures des années grâce à la solidité de
sa masse et de ses fières moulures. Une superbe inscription
gravée sur le parapet même, en unissant le nom d'Auguste à
celui de Tibère pour l'achèvement de l'œuvre, rend le témoi-
gnage plus vivant et plus précieux.

A l'une des entrées de la ville, su débouché de la Via Fla-
minia qui allait de Rome à Rimini, se dresse dans sa majesté
l'Arc d'Auguste élevé par le Sénat et le peuple l'année même où
( )ctave César fut salué du titre à'Augustus. A chaque pas ce sont
des inscriptions encastrées dans les murs , des cippes, des stèles,
des ex-voto d'un caractère antique ; dans la fortification du
xiv* siècle sont singulièrement engagés les arcs de l'amphithéâtre
construit par le consul Sempronius : sous les portiques du palais
Del Commune on s'arrête devant les autels du temple de Castor

1. Voir l'Art, 5* année, tome IV, pages i;, 41 et 113.

et Pollux, monument dont on ne trouve même plus les ruines,
mais dont l'existence nous est du moins attestée par ces vestiges.
Enfin, sur la place du Marché, la Place à l'herbe, commune à
toutes les villes de l'Italie du nord, s'élève une simple pierre,
un piédestal rongé par le temps, monté sur une base couronnée
de quelques moulures, où on lit en caractères antiques ces mots
qui sont bien faits pour rendre le voyageur pensif : « Ici, dans le
Forum d'Ariminium, Caius César, ayant passé le Rubicon.
harangua ses compagnons d'armes. »

Nous devons ajouter qu'on a cru reconnaître dans ce piédes-
tal une Restitution du xvc siècle. Si les archéologues les plus
autorisés n'avaient point douté de l'authenticité de ce monument
qui n'a plus que la valeur d'un rappel palpable d'une tradition,
vivante encore au lieu où il s'élève, quel souvenir plus auguste
d'un moment véritablement psychologique ! celui où César passe
le Rubicon en s'écriant : « Alea jacta est ! »

Le nom des Malatesta rayonne aussi à chaque pas à Rimini.
La fortification qui sert d'enceinte à la ville, reliée par des tours
de défense et par des abris qui ressemblent à nos casemates mo-
dernes, leur est certainement due. La célèbre forteresse connue
sous le nom de Rocca Malatestiana commande encore la cité,
bien qu'elle soit aujourd'hui démantelée et convertie en prison,
et enfin, sur la place San Francesco s'élève le Temple des Mala-
testa (Tempio Malatestiano), le plus pur monument peut-être de
la plus belle période de l'art italien, au fronton duquel se lit la
pompeuse inscription : « A Dieu immortel Sigismond Malatesta.
fils de Pandolphe. »

Mais nous sommes trop habitués à comparer les textes, à
fixer les dates d'après les formes architecturales, à grouper, afin
de les corroborer l'une par l'autre, les preuves tirées des manus-
crits, des monuments de la numismatique, de la peinture et de
la statuaire, pour conserver aucune illusion sur l'époque pré-
cise de chacun de ces témoins du passé. Tous appartiennent à un
temps postérieur à celui qui nous occupe ; il est constant, après
l'examen des documents de l'Archivio capitolare, qu'en 12 16, là
où s'élève encore à Rimini la forteresse des Malatesta, se dressait
la maison de la commune qui servit de résidence au père de
Malatesta da Verucchio, aïeul de Giovanni. La maison portait
alors le nom de Gattolo di Santa Colomba, à cause d'une chapelle
qui était dans le voisinage. En 1294, Malatesta da Verucchio
construit le château fort sur le même emplacement, il en fait à
la fois une résidence somptueuse et une forteresse solide qui
prend le nom de Gattolo dei Malatesti. C'est de là que Veruc-
chio date son testament. Le grand Ghiberti, le sculpteur des
portes du Paradis, nous dit, dans ses Commentaires, qu'en 1400
il a fait des émaux pour les appartements et qu'il y a peint des
fresques. Hélas! rien de tout cela ne nous reste. En 1446, vient
Sigismond, fils de Pandolphe, le grand guerrier, le vainqueur,
celui qu'on a surnommé Poliorcète, habile aux choses de la for-
tification, élève et bientôt rival de Roberto Valturio, le célèbre
auteur du volume de Re Militari ; il abat le Gattolo, ou du
moins il le modifie de fond en comble au moment où la décou-
verte de l'artillerie a changé toutes les conditions de l'attaque et
de la défense des places fortes. C'est dans cette transformation
que disparaissent les fresques et toute l'ornementation dont parle
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