L' art: revue hebdomadaire illustrée — 5.1879 (Teil 4)

Page: 257
DOI issue: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/art1879_4/0286
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
La France portant la lumière dans le monde et protégeant l'agriculture et les sciences.

Fronton du pavillon de Flore,

NOTRE BIBLIOTHÈQUE

CLV

La Vie et l'Œuvre de J. B. Carpeaux. Un volume in-8" de
276 pages, par M. Ernest Chesneau. — Chez Quantin,
éditeur, 7, rue Saint-Benoît.

Ce travail devait tenter M. E. Chesneau par une sorte d'af-
finité préétablie entre le talent de l'artiste et les préférences du
critique. M. Chesneau est un des écrivains d'art qui ont le plus

personne; il a préféré la vie et la couleur h la solennité et à la
ligne, et cela ne l'a pas empêché d'être un grand sculpteur.
Michel-Ange et Puget avaient déjà démontré quelque chose du
même genre. Mais ces démonstrations étaient bien vieilles pour
être suffisamment eflicaces, et les œuvres étaient bien loin des
yeux du public pour le toucher suffisamment. Ceux mêmes qui,
forcés par l'évidence, admettaient la légitimité du mouvement et
de la vie moderne dans la peinture, cantonnaient leur résistance

constamment lutté contre la prédomi- dans la statuaire et refusaient de sortir
nance de l'antique formule artistique des définitivement de l'Olympe. Il fallait pour
théoriciens académiques. Il considère \ /'• y>;'-!f^Wj»X les déloger qu'un grand triomphe de la
que l'art n'est légitime, qu'il n'existe .</ statuaire vivante les forçât à réfléchir sur
véritablement qu'à la condition d'être r- L ^y^^mm^^ la valeur réelle de leurs théories et leur
l'expression sincère, spontanée, de l'épo- ^ tfgËfî* fît craindre de se trouver isolés en face
que et du milieu où il se produit. 11 •" | ,v- wjfhfc de la contradiction universelle. Aujour-
repousse l'imitation qui tue l'art et l'ar- «^Sîjr' ' d'hui, tout en maintenant certaines
liste; il rejette et combat les enseigne- "^'aîjHo yBm&pP/s ^ ''■ réserves, qui masquent leur déconvenue,
ments, qui, sous prétexte de grand art, ^^5f\à| 'Mf '' reconna'ssent> ''s av°uent — pas tous
imposent à nos jeunes générations le g£—IjË} 9& Ju/jf 'sJffli} cependant — que, si Carpeaux a eu le
joug de la tradition et le pastiche des v MJ /// tort d'être un grand artiste malgré la
œuvres passées, comme si nos artistes ^S^Xm^l ' -jr 'f ^rJ/M^ formule, ce n'est cependant pas une rai-
modernes n'avaient plus le droit d'avoir ^/ //j/lê jjfi/ 'vlljj son suffisante Pour nier son talent; ce
du génie et qu'il leur fallût se réduire *^i*^k|V/ /jrM --^ÊÊL qui nous Permet» Par une généralisation
pour jamais au rôle de copistes plus ou ^J* - '~^^mÊ& qu'ils ont dû prévoir, de supposer qu'ils
moins ingénieux et plus ou moins habiles ^f\<S^j!3ïS renonceront pour l'avenir à rendre des
à dissimuler leurs emprunts. ^^^^M^l^r^^^^ oracles qui ne conviennent qu'à des

C'est là un premier point dont l'im- ___" ' - infaillibilités plus sûres d'elles-mêmes.

portance ne peut échapper à quiconque -^SkKE^^-" ' M. E. Chesneau a laissé au lecteur

s'occupe d'art, et qui suffit à établir entre ^ \tw' ^Jllt * /'/^/''îA/' le soin de tirer ces conclusions. Il s'est

l'esthétique de l'Académie et celle de , interdit toute discussion, toute polé-

La medecine. r

M. Chesneau une opposition absolue; Croquis de Carpeaux. mique. Il s'est borné à raconter la vie

mais ce n'est pas tout. de Carpeaux en replaçant chacune de

Outre l'imitation du passé, il faut au « grand art » la no-
blesse qui s'exprime surtout par l'immobilité et la froideur.
Ingres est un maître du grand art, grâce surtout à son insigni-
fiance; Delacroix n'y atteint pas, étant trop remuant, trop
emporté, trop expressif, trop émouvant. La vie trop complète,
trop vivante, manque d'idéal. L'idéal, étant surtout conçu sous
la forme d'une entité métaphysique, est par nature majestueux
et solennel, comme un souverain d'Asie, comme une de ces idoles
dont le prestige tient surtout à leur immobilité.

A ces deux points de vue, Carpeaux a fourni aux adversaires
de la formule académique un puissant argument. Il n'a imité
Tome XIX.

ses œuvres à leur date et au milieu des circonstances qui les
expliquent. Il cite des lettres de l'artiste, qui s'y rapportent et
qui nous donnent tout un côté psychologique, qu'il serait sans
cela difficile de trouver dans cette existence complètement simple,
et tout entière consacrée à l'art. En effet, jusqu'à l'époque de son
mariage et jusqu'à la maladie qui l'a emporté après de cruelles
souffrances, il n'y a dans cette vie absolument rien de drama-
tique.

L'intérêt du livre est d'une part dans le récit des efforts de
l'artiste pour surmonter les difficultés, qui d'abord se multiplient
devant lui et dont il triomphe par une force de volonté et une

35
loading ...