L' art: revue hebdomadaire illustrée — 5.1879 (Teil 4)

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Fac-similé d'une eau-forte de Jaili. or.

Le musée de sculpture comparée. — A la séance de reprise ! montrer qu'en de'pit de la distance et du temps, en dépit des
des travaux de la commission des monuments historiques, tenue divergences du ge'nie des peuples, ces trois expressions de l'art

au mois de novembre, le ministre de l'instruction publique et
des beaux-arts a fait, en excellents termes, l'éloge du grand
architecte M. Viollet-le-Duc, dont la mort, on s'en aperçoit
tous les jours, a été un deuil national. « Dans les derniers temps
de sa vie, a dit le ministre, M. Viollet-le-Duc caressait un grand
dessein. Il voulait de tant de grandes choses semées sur notre
sol, entre le x« et le xvic siècle de notre histoire, constituer un

procèdent d'un même principe et produisent des résultats iden-
tiques; que des statues, par exemple, empruntées à des sculptures
égyptiennes de l'époque archaïque, rapprochées des sculptures
grecques éginétiques ou des œuvres de la statuaire française du
xue siècle, semblent se rattacher à une même école « par la façon
d'interpréter la nature, de concevoir les types et par le faire ».
Dans la seconde division il aurait classé les oeuvres de la

musée nouveau : le musée de la sculpture française. Car cette statuaire française par écoles, dans un ordre chronologique :

grande âme d'artiste et de savant était par-dessus tout une écoles clunidienne ou bourguignonne, provençale, périgour-

grande âme française. » dine, languedocienne, auvergnate, poitevine et saintongeoise,

La mort n'a pas laissé à l'illustre architecte le temps d'exé- de l'Ile-de-France, champenoise, normande et picarde. « En

cuter ce beau projet; mais du moins il en a jeté les bases par tout onze écoles parfaitement distinctes pource qui touche le sys-

ses merveilleux travaux; il en a fourni le plan dans un remar- tème de construction adopté, la manière de remplir les pro-

quable rapport que nous avons sous les yeux et qu'il achevait grammes donnés, la forme apparente et l'ornementation. » De

à peine lorsqu'il partit pour la Suisse. En voici le résumé : « Le : cette classification chronologique, ajoutait l'éminent rapporteur,

musée de sculpture comparée doit se composer d'éléments choisis i on peut affirmer qu'il naîtra un enseignement des plus fruc-

avec grand soin et classés de telle sorte que non seulement la j tueux; car il n'est nullement indifférent pour les artistes de

marche de l'art soit facile à suivre dans chaque centre de dévelop-
pements, mais aussi que la comparaison entre ces centres puisse
se faire par l'examen des objets classés, d'après un ordre métho-
dique. Ce programme comporte trois divisions : i" Relations
entre les sculptures appartenant à différentes époques et civilisa-
tions; — 2° Pour la France, divisions par écoles aux différentes
époques; — 30 Application de la sculpture suivant le sj-stème
d'architecture employée. »

Ainsi, dans la première division, Viollet-le-Duc aurait voulu
rendre évident ce principe, à savoir que l'art de la sculpture
parcourt généralement chez les divers peuples trois périodes :
période d'imitation pure et simple de la nature; période archaïque
pendant laquelle on prétend fixer des types; enfin, période
d'émancipation, pendant laquelle sont développés et perfec-
tionnés les moyens d'observation et d'exécution. Il aurait voulu

savoir comment se sont développées les belles écoles, quelle
voi'e elles ont suivie, en abandonnant l'hiératisme, pour s'atta-
cher à l'observation attentive de la nature, et quelle influence
les traditions archaïques ont pu avoir sur ce développement.

Enfin, dans la troisième division il plaçait les sculptures
d'ornement appliquées aux divers styles d'architecture, et, dans
sa pensée, ces collections ne devaient être ni les moins instruc-
tives, ni les moins intéressantes. • L'enseignement, dit-il, dédai-
gnant de s'occuper de ces matières ou du moins de les expli-
quer, nos architectes appliquent un peu au hasard, et suivant
leur sentiment, la décoration sculptée aux édifices qu'ils com-
posent. »

Tel est le projet exposé avant sa mort par M. Viollet-lc-
Duc. Il a été accueilli, nous le savons, avec beaucoup d'enthou-
siasme. On s'est empressé de nommer, dès le 4 juillet dernier,

Tome XIX. }<)
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