L' art: revue hebdomadaire illustrée — 5.1879 (Teil 4)

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CONCOURS POUR LE MONUMENT DE LA RÉPUBLIQUE. i3)-

en resserrant la draperie qui flotte derrière elle. Avec ces corrections, que l'artiste n'aurait pas
refusées, l'objection unique disparaissait et l'on avait un monument splendide, plein d'air, de
mouvement, de grandeur, d'expression et de sentiment, où se seraient symbolisées sans banalité
et en même temps sans effort, clans une conception d'ensemble admirablement liée et fondue,
toutes les idées qu'on ne peut retrouver dans les autres modèles qu'à l'état d'intention plus ou
moins vague et d'éparpillement manifeste.

L'esprit artistique consiste essentiellement dans la puissance de la synthèse qui embrasse et
fait vivre dans une unité supérieure la multitude des détails où les autres hommes ne voient que
des successions. Cet esprit, M. Dalou le possède à un degré des plus remarquables. 11 le révèle
partout, jusque dans la forme du socle, que lui seul a fait ovale, pour l'approprier et à l'idée de
mouvement et à la forme de la place au milieu de laquelle doit s'élever le monument.

En un mot, le projet de M. Dalou est un symbole complet et vivant, aussi puissant que
simple, sans déclamation ni lacune, qu'il est impossible de voir sans comprendre. Que pouvait-on
demander de plus ?

On a encore reproché à M. Dalou d'avoir proscrit toute ordonnance architecturale. M. Dalou
n'a rien proscrit ; il a cru, avec raison, selon nous, que le char triomphal vaudrait mieux qu'un
socle banal, tout en rendant le même service. Si l'on veut un soubassement ou un piédestal, rien
n'est d'ailleurs plus facile que d'en ajouter un. L'artiste s'en est simplement tenu à son rôle de
sculpteur. On dit que les architectes ne le lui ont pas pardonné. J'aime mieux croire qu'on
calomnie les architectes.

En admettant toutes les objections qu'on voudra, il reste toujours un fait bien étrange, c'est la
place que le jugement assigne à l'œuvre de M. Dalou. Nous aurions compris à la rigueur qu'on
l'eût mise hors concours, comme inexécutable à l'échelle demandée, mais nous ne pouvons concevoir
par quelle bizarrerie de raisonnement on a pu la classer au deuxième rang des mentions honorables.
Pour qu'une œuvre aussi absolument supérieure dans ses proportions actuelles fût repoussée, il a
fallu que l'exécution à une échelle supérieure fut jugée absolument impossible. Dès lors elle devait
être complètement écartée, puisque ce concours était un concours de projets, non d'œuvres
définitives. Comme projet, elle n'existait pas, puisqu'on la déclarait irréalisable ; comme œuvre
définitive, on n'avait pas à la juger, ou bien si on la jugeait comme telle, il était difficile de ne
pas la classer au premier rang.

Encore une fois, c'est vraiment bien dommage que l'on ne publie pas le procès-verbal des
délibérations des jurys en matière d'art. Il serait curieux de voir quelles sont les considérations
qui déterminent les jugements. Quoi qu'il en soit, cette épreuve n'aura pas été mauvaise pour
AI. Dalou. Les personnes qui s'intéressent à la sculpture française savent maintenant ce qu'elles
peuvent attendre de cet artiste.

Eugène Véron.

Mufle de lion lauré.
Fac-similé d'une eau-forte de Stefano délia Bella.
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