L' art: revue hebdomadaire illustrée — 5.1879 (Teil 4)

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FRANÇOISE

dans celte ville, et ils en doutent si peu, qu'il ne leur vient pas à
l'idée de soutenir la thèse contraire. Marco Battaglia, Benvcnuto
da Imola, Fra Giovanni da Serravalle, Baldo di Branchi, nous
fournissent ces preuves, qu'on considérera peut-être comme
négatives ; mais s'ils ne citent pas le nom de Rimini, il ne leur
vient pas à l'idée de citer une autre ville. Quant à Jacopo Délia
Lana, Gradcnigo et Boccace, tous trois nomment la ville des
Malatesta, et plus tard, quand Silvio Pellico et tant d'autres
poètes dramaturges de toutes les nations écriront leurs drames,
leurs poèmes ou leurs histoires, ils n'hésiteront pas à placer la
scène dans cette même ville. Le comte Odoardo Fahri ne fera
pas autrement, et si Lord Byron avait réalisé le plan qu'il avait
conçu et dont il fait part à Murray, son éditeur, dans les lettres

DE RIMINI. 161

qui sont dans toutes les mains, c'est encore à Rimini qu'il aurait
placé la scène. Faut-il parler de notre compatriote M. Ambroise
Thomas, l'auteur de Mignon, qui, ayant à écrire sa partition de
Françoise de Rimini, s'adresse à M. Tonini, le bibliothécaire de
la Gambalunghiana.

Françoise n'est donc plus pour la postérité Françoise de Re-
venue, elle est et elle restera « Françoise de Rimini ». Elle ap-
partient à l'histoire de cette ville ou, si l'on veut, à sa légende.
C'est en vain qu'on fouillera les archives, on ne pourra plus
enlever cette touchante illustration à la ville des Malatesta.

Avant de formuler nos conclusions, notis enregistrerons,
pour la seule curiosité du fait, un document singulier tiré d'un
volume imprimé à Rimini en 1581, par Simbeni, sous le titre :

L'Arc d'Augusti: a Rimini.
Dessin Je H. Toussaint, gravii par Puyplat.

« // Vennicello délia sela », volume signé du nom de Giovanni
Andréa Corsucci da Sascorbaro, et cité par Luigi Tonini.

" Il y a peu de jours, dans l'église de Saint-Augustin, à
Rimini, on a trouvé dans un sépulcre de marbre Paolo Malatesta
et Francesca, fille de Guido da Polenta, seigneur de Ravenne,
qui furent mis à mort par Lancilotto, fils de Malatesta, seigneur
de Rimini, frère dudit Paolo, trouvés sur le fait d'un acte dés-
honnète, et misérablement tués tous deux d'un coup de poi-
gnard, comme le dit Pétrarque dans le Triomphe d'amour. Leurs
vêtements étaient de soie et, quoique enfermés depuis tant et tant
d'années dans ce sépulcre, ils ont été retrouvés en parfait état de
conservation. »

Sur quel document s'appuie le Sascorbaro, personne ne
peut le dire ; il n'y avait là ni suscription, ni médaille, ni signe
Tome XIX.

quelconque qui pût certifier l'identité des ossements ; mais la
légende s'était évidemment faite, puisque Boccace et la plupart
des chroniqueurs avaient annoncé que les deux corps lurent
réunis dans le même tombeau. L'assertion du Sascorbaro, si
dénuée qu'elle soit de toutes preuves, est venue confirmer l'opi-
nion du conteur florentin. Rimini tient à la légende, si légende
il y a, et nous venons de revoir encore, il y a quelques jours, a
la Gambalunghiana, le morceau de soie tissé d'or, plaqué dans un
cadre, sur lequel le docte fils de Tonini, successeur de l'historien
de Rimini, n'appelle pas volontiers l'attention des historiens
érudits, parce que l'histoire veut des preuves autrement au-
thentiques, mais où le vulgaire voit avec complaisance une relique
contemporaine de Francesca et de Paolo,
(Lafin prochainement.) Charles Yriarte.
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