L' art: revue hebdomadaire illustrée — 5.1879 (Teil 4)

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L'ART.

Toutes ces reproductions sont faites d'après les meilleurs
états des originaux. M. Dutuit, le célèbre amateur, a mis sa
magnifique collection à la disposition de l'éditeur, qui a pu y
choisir les morceaux les plus remarquables. On sait que
M. Dutuit a une suite d'estampes de Rembrandt, telle qu'au-
cune collection publique ni particulière n'en possède une aussi
complète, ni pour la qualité, ni pour le nombre des pièces, ni
pour la multiciplicité des états différents.

L'éditeur a voulu que ces reproductions eussent exactement
le format des originaux ; il a eu grandement raison, car il ne faut
pas croire que l'artiste choisit au hasard les dimensions qu'il
donne à son oeuvre. Loin de là, c'est une des parties importantes
de l'exécution, et souvent les modifications du format changent
considérablement l'effet de l'œuvre, suivant que l'artiste a eu
tort ou raison de s'arrêter à telles ou telles dimensions. C'est
surtout quand il s'agit de l'œuvre d'un artiste comme Rembrandt,
qu'il importe de conserver sa pensée tout entière et jusque dans
ses moindres parties.

Rembrandt est en effet du très petit nombre de ces génies,
pleins de pensées, qui ne laissent échapper ni un trait, ni un
mot qui ne porte et n'ait une signification. Chez les plus grands,
il y a des moments où l'esprit semble sommeiller, où la pensée
se relâche. Chez lui rien de pareil, et ce phénomène est sur-
tout apparent dans ses eaux-fortes. Il n'y a jamais de rem-
plissage et tout a sa raison d'être. Voyez dans ses foules les per-
sonnages des derniers plans, étudiez un à un ces visages. Ils sont
à peine indiqués d'un trait, et ils ont leur expression; chacun
a la sienne, et l'attitude de chacun est en accord parfait avec
cette expression du visage. Et les expressions de tous sont en
rapport direct avec le sens général de la scène. Jamais artiste
n'a poussé aussi loin le sentiment, l'instinct de l'unité dans la
pensée et dans l'effet, et n'a su y plier un nombre plus considé-
rable de détails. Mais il ne s'agit pas seulement du concours des
expressions et des attitudes; il faut y ajouter celui de la couleur,
de la lumière et de l'ombre. Je ne connais pas d'exemple qu'on
puisse citer aux jeunes artistes avec plus de fruit et d'autorité
à l'appui du précepte vulgaire qui recommande la recherche
de l'unité dans la variété. Ce qu'il y a de plus merveilleux
encore que cette conspiration de chaque partie à l'effet du tout,

c'est l'aisance suprême avec laquelle tout cela se classe, se plie,
se subordonne, sans que l'auteur paraisse y avoir songé. Et de
fait, je suis bien convaincu qu'il n'y a pas songé un instant, et
que l'unité souveraine de tous ces chefs-d'œuvre tient unique-
ment à l'unité de l'impression même qui lui mettait à la main la
pointe ou le pinceau. Voilà pourquoi Rembrandt est inimitable
et pourquoi l'héliogravure seule peut le reproduire tout entier.

Ces reproductions sont de vraies merveilles. M. Charreyre.
qui en est l'auteur, a porté l'héliogravure à un degré de perfec-
tion qu'il paraît difficile de dépasser. On peut comparer les pièces
reproduites aux estampes originales sans parvenir à découvrir la
moindre différence. Une seule a résisté à ses efforts, c'est la
Pièce de cent florins. Après de nombreux essais, il a fallu re-
noncer à reproduire chimiquement le noir profond et mystérieux
qui dans cette pièce est d'un si grand effet. Ce noir devenait
plat et lourd, ce qui prouve que l'héliogravure a encore des
progrès à faire. L'éditeur cependant n'a pas voulu renoncer à
comprendre dans sa publication cette splendide estampe. A dé-
faut d'un fac-similé fait par le soleil, il a pris le fac-similé
exécuté par M. Léopold Flameng, qui remporte là sur le dieu
de la lumière une victoire dont il a droit d'être fier. Et en effet,
si l'eau-forte de M. Flameng ne rend pas absolument ce je ne
sais quoi qui caractérise Rembrandt, il est bien certain qu'il
est difficile d'imaginer une interprétation plus consciencieuse
ni plus rapprochée de l'original. L'imitation, considérée dans
chaque partie, dans chaque détail, paraît d'une fidélité surpre-
nante ; la différence n'apparaît que dans l'ensemble, et à quel-
que distance.

Tous les admirateurs de Rembrandt sauront gré à M. Lévy
de l'heureuse idée qu'il a eue de faire reproduire ces admirables
planches, que leur rareté et leur prix rendaient inabordables. Sans
doute elles ne sauraient pour les amateurs remplacer de tout
point les planches gravées par Rembrandt lui-même. L'hélio-
gravure, malgré son impersonnalité, constitue cependant un in-
termédiaire qu'on aimerait mieux ne pas subir. Mais vaut-il
mieux se passer complètement des estampes du maître ? Là est
la question.

Eugène Véron.

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

LIVRES NOUVEAUX ET ÉDITIONS NOUVELLES

XII

104. — South Kcnsington Muséum Art Handbooks, edited
by William Maskell. — Gold and Silver Smith's Work, by
John Hungerford Pollen, M. A. With numerous Woodcuts.
Published for the Committee of Council on Education by
Chapman and Hall, 195, Piccadilly, London, 1879. Un volume
in-18 de 160 pages.

10). — Bibliothèque de l'Art et de la Curiosité. — Les
Arts décoratifs en Espagne au moyen âge et à la Renais-
sance, par le baron Ch. Davillier. Paris, A. Quantin, impri-

meur-éditeur. 7, rue Saint-Benoît, 1879. Un volume in-8° de
87 pages, avec illustrations.

106. — Les Médaillcurs italiens des XV" et XVIe siècles.
Essai d'un classement chronologique de ces artistes et d'un
catalogue de leurs œuvres. Paris, 1879. Un volume grand
in-8°.

107. — Victor Hugo, ses portraits et ses charges (1827-
18~r)j, catalogués par Aglaus Bouvenne. Paris, J. Baur, édi-
teur, 1879. In-8", avec trois eaux-fortes.

Le Directeur-Gérant, EUGÈNE VÉRON.
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