L' art: revue hebdomadaire illustrée — 5.1879 (Teil 4)

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VIOLLET-LE-DUC

our qui s'intéresse à l'architecture et aux arts qui en dépendent ou s'y
rattachent, Viollet-le-Duc n'est pas seulement un artiste hors ligne, mais avant
tout et surtout un esprit clairvoyant dont les recherches à travers le passé et
les vues nouvelles ont déjà aujourd'hui une portée considérable, qui ne fera
que grandir au fur et à mesure que ses doctrines seront introduites dans
l'enseignement. C'est qu'en effet il n'est pas un point que le maître n'ait traité,
depuis les questions les plus élevées de l'esthétique jusqu'aux moindres procédés

Lettre de Jean Bouton. r 1 1 *

d'exécution et de construction ; aussi n'y a-t-il qu'à puiser avec méthode dans
ses œuvres pour constituer sur des bases définies le programme d'éducation qui convient aux
architectes contemporains. A lui seul le Dictionnaire raisonne de Varchitecture française du
xf au xvt siècle suffirait déjà, et cependant là ne s'arrête pas l'effort de Viollet-le-Duc, qui a
voulu non seulement poser des principes, mais encore montrer, dans ses Entretiens sur
l'architecture, comment il en comprenait l'application. Nous savons bien que l'on a cherché à
réduire son œuvre aux limites d'une étude plus ou moins brillante des arts du moyen àge_,
mais l'erreur semée volontairement se dissipe chaque jour ; la lumière sortira quand même du
cercle dans lequel on a cherché systématiquement à l'enfermer, et on ne tardera pas à voir d'une
manière éclatante que Viollet-le-Duc est le seul des architectes modernes qui ait étudié assez toutes
les manifestations artistiques du passé pour montrer en quoi elles peuvent être utiles à l'avenir.

Indépendamment de cette profonde érudition et de cette justesse d'esprit, Viollet-le-Duc a eu
un grand mérite, qui doit être surtout apprécié, c'est d'avoir été le défenseur acharné de la liberté
dans l'art et d'avoir, sur ce terrain, soutenu une lutte dont les artistes contemporains ont déjà
largement profité; ennemi des coteries et de toute association pouvant entraver le progrès, il a
dès longtemps attaqué le système oligarchique de l'Académie des beaux-arts, notamment dans
des articles intitulés les Mandarins au bouton de cristal, qui ont été écrits il y a quelque vingt
ans et qui n'ont pas vieilli, les choses, hélas! étant restées stationnaires. Depuis cette époque, il
a fait à la quatrième classe de l'Institut une guerre à outrance, mais avec une loyauté parfaite,
ne visant que l'institution qu'il considérait comme fatale, et respectant sans réserve les mérites
individuels. A la place des traditions plus ou moins abâtardies qui servent de bases à l'enseignement
actuel, Viollet-le-Duc voulait introduire le bon sens, le raisonnement, de pair avec les connaissances
scientifiques, dans l'éducation des architectes, et il fondait toutes ses espérances d'avenir, bien
plus sur l'initiative privée que sur la direction et la protection de l'État. D'ailleurs cette
manière de voir ne se bornait pas chez lui à la question fondamentale de l'enseignement, mais
s'étendait à toutes les manifestations ou productions de l'art, sous quelque forme qu'elles puissent
se montrer; c'est ainsi qu'à diverses époques, et notamment dans ces dernières années, il a
attaqué la manufacture de Sèvres, des Gobelins et de Beauvais, qu'il estimait n'avoir plus
aujourd'hui leur raison d'être. Aussi les lecteurs de l'Art liront-ils avec intérêt la lettre autographe
reproduite dans ce numéro et extraite de la collection de M. Benjamin Fillon. A notre avis, il est
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