Marolles, Michel de
Tableaux Du Temple Des Muses: Tirez Du Cabinet De Feu Mr. Favereau ... & gravez en Tailles-douces par les meilleurs Maistres de son temps ... — Amsterdam, 1676 [Cicognara, 4722]

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PAN ET S I R I N X. XI.


UE ce pauvre Satyre s* est désia donné de peine!
je dis Pan luy-mesme qui a rencontré n'agueres
autour des monts d'Arcadie une Nymphe renom*
mée sur toutes les autres pour s'estre acortement
défaite de tous les Dieux Champestres, qui l'a-
voient recherchée. Ses compagnes l'appelloient
Sirinx : & on peut dire en vérité, qu'elle n'imitoit
pas moins Diane en sa chasteté que dans ses exercices. Elle portoit
une robe courte retrousïée comme cette Deesse chasseresse : & si Ovi-
de en est croyable, on l'eust prise pour Diane mesme, sans que les
bouts de son arc estoient de corne, & que ceux de Dianesont de fin
or; mais plusieurs ne lailîoient pas de s'y tromper, tant elle resîem-
bloit à la chaste sille de Latone. Ce Pan qui l'a donc rencontrée à la
descentedu mont Lycée, & qui après l'avoir poursuivie fort long-
temps , ne l'a pû fléchir pour toutes les tendresses qu'il luy a pû dire,
l'a perdue dans ce marescage que vous voyez. Il ne sç ait ce qu'elle est
devenue, &n,embrasse que des roseaux, d'où le bruit qu'il y sait,
oblige ces Canettes & ces Poules d'eau de s'élever en l'air, & de pren-
dre aussi la suite devant sa sureur. La Nymphe se voyant arrestée par
le sseuve Ladon, & preiTée du Dieu qui la suivoit^ a euson recours
aux Naïades ses sœurs, qui se trouvant émeuës par ses prières, l'ont
cachée sous leurs eaux: & désait, ne saut-il pas avoir les yeux bien
penetrans pour* l'appercevoir au sond de ce sseuve entre ces volets de
Nénuphar, ce mourron, & ces joncs qui la couvrent aux regards
aigus du Satyre amoureux? Je vous prie de considerer la pofture 8c
l'ardeur de ce Bouquin. Qui seroit la desesperée qui le pourroit sous-
srir? Et ce long poil sur ses cuisfes, est-il moins capable de luy saire
de l'horreur que ce nez plat, ces yeux ensoncez, & cette bouche en
croiiïant renverséxmi a des lippes si grottes, prelsant une vilaine lan-
gue qui ramasse tout autour unepuante salive qui sait bondir le cœur ?
Cependant ces petits Amours qui n'ont pas sait moins de chemin que
luy, ne s'en sont que rire, & pafîent le mieux du monde leur temps
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