Marolles, Michel de
Tableaux Du Temple Des Muses: Tirez Du Cabinet De Feu Mr. Favereau ... & gravez en Tailles-douces par les meilleurs Maistres de son temps ... — Amsterdam, 1676 [Cicognara, 4722]

Page: 419
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LES ENFERS. LUI.
E palais de l'invincible Roy des morts ouvre icy
sbn entrée; ôclà, par l'emboucheure d'une pro-
fonde caverne, un gouffre horrible élargit sa gueu-
le béante pour saciliter la descente des Ensers à
tous les peuples du monde. Le chemin quieneft
extrêmement frayé, n'eflpas tout à sait remply
d'obscurité en sbn commencement; une soible blancheur de la lu-
mière laissée derrière, & quelque douteusè splendeur des rayons du
Soleil s'y perdent peu à peu, ôc trompent les yeux, comme les cre-
puscules du matin ou du soir ont accouftumé d'éclairer le monde.
Delà, on se trouve dans la vaste estenduë de plulieurs grands espa-
ces, où se perdent tous les hommes, qui y sont une sois descendus.
Il n'est pas dissicile d'y aller, le chemin souvent battu y conduit tout
droit, ôc l'air qui s'y engouffre, avec l'avidité du cahos qui dévore
tout, en précipite la cheute ; de mesme que cette eau qui couvre des
abysmes, entraine souvent à sond les vaisseaux, en dépit du loin
ôc du travail des Mariniers : mais de retourner sur ses pas, l'opinia-
streté des ombres ne le soussre jamais, ôc puis le fleuve Lethé qui
s'écoule lentement dans un large sein, y ofte toute sorte de foucis :
ôc comme le Méandre dont l'onde inconftante qui l'emporte çà ôc là,
le semble saire rétrograder du collé de sa source , il sait plusieurs de-
tours pour interdire aux hommes le pouvoir de le reparler. Le pa-
reffeux Cocyte fait auffi en ce lieu-là un marais plein de bourbe , au-
tour duquel on n'entend que les cris du vautour, & les gemhîemens
du hibou & delà chouette , trilles augures du malheur : ôc tout au-
près des branches d'Yf, qui font toujours suneiles, heriffant leurs
noires cheveleures, font un ombrage fort épais, fous lequel habi-
tent le pesant Sommeil, la Faim qui témoigne fa rage par les con-
tournements de fa gueule pleine de fang corrompu , ôc la Honte tar-
dive qui porte un voile fur le front. La Crainte, la Mort ôc la Dou-
leur y font auffi leur demeure ordinaire, accompagnées du Dueil,
des Maladies, des Guerres veftuè's de fer, ôc de la débile Vieilleflè
qui fouillent fes pas avec unbafton.
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