Marolles, Michel de
Tableaux Du Temple Des Muses: Tirez Du Cabinet De Feu Mr. Favereau ... & gravez en Tailles-douces par les meilleurs Maistres de son temps ... — Amsterdam, 1676 [Cicognara, 4722]

Page: 283
DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/marolles1676/0337
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
28j

£k $k &k 5fe ^ 5% ife ATfe «fe 5 > «ga

NARCISSE. XXXVI.
E païsage cO: fort délicieux ; & cette eau la plus
claire du monde, découle d'une source abondan-
te qui tombe de ce rocher. Elle forme en suite
un ruiiïeau qui entrecoupe agréablement ce val-
lon ; & Il la perspective ne nous trompe point,
il s'en faut bien peu que ce tertre où tant de beaux
arbres font un ombrage si doux, n'en soit environ-,
né. Le jeune chaleur qui se voit si bien dépeint sur ce bord, ne pou-
voir choisir un plus agréable lieu pour se reposer, mais i! n'en pou-
voir aussi trouver un plus dangereux pour le mirer. Helas! eust-il
pu croire qu'Amour l'eustepié en cet endroit-là pour le blesser? Ce-
pendant le malicieux enfant luy décoche dans le cœur le plus cuisant
de tous Tes traits ; & ceîuy qui avoit rejette les careises des plus belles
Nymphes de toute PAonie, & méprisé les recherches des plus a y nia-
bles perlonnes de la Terre, devient amoureux desoy-mesme, ense
mirant dans le cristail d'une fontaine. Et quoy ? les exercices de Dia-
ne, la fatigue & la solitude ne mettront point en kurcté l'innocence
& la pudeur ? A quels dangers nous peuvent donc exposer le mauvais
exemple & l'oyliveté ? NarciUe fils de Lyriope & de Cephise , orné
de plus de charmes que l'imagination la plus délicate n'en sçauroit
concevoir, n'avoit pas plus de seize ans, quand s'estant écarté un
jour de ceux de sa suite, après qu'il eutchasse un Cerf qu'il avoit eisayé
de faire donner dans ses toiles, il se vint reposer auprès d'une eau clai-
re , dont la pureté n'avoit jamais este troublée par les bergers, ny par
les chèvres qui deseendent des Montagnes, ny par les o y séaux,
ny par les belles sauvages, ny mesmes par la chutte des branches
seiches des'arbres. La vive humeur nourrisfoit une herbe verte
tout autour , que le Soleil ne sksîrisiblt jamais, tant l'epaisseur
des feuillages y faisoit naifire d'ombrage. Narciiïeesloit altéré, &
pensant étancher sasoif en ce lieu-là , il y fut affligé d'une soifplus
cruelle. Il se panche sur l'eau pour boire : & s'estant panché, il voici
dans Peau son visage qui le ravit. Il est charmé de Tespoir d'une fein-
te : & comme il est épris de ce qu'il voit, il pense que ce soit quelque
corps, É ce n'est aue son ombre. 11 ne se peut lasser de voir ses beaux
N n che-
loading ...