Marolles, Michel de
Tableaux Du Temple Des Muses: Tirez Du Cabinet De Feu Mr. Favereau ... & gravez en Tailles-douces par les meilleurs Maistres de son temps ... — Amsterdam, 1676 [Cicognara, 4722]

Page: 187
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«s

HERCULE EMBRASE'. XXIV.
E grand brasier eftoit deftiné pour un sacrisicc
auxDieux immortels sur le mont OEta,en actions
de grâces de la victoire remportée (urEurytus
Roy d'OEcalîe , dont la brave Hercule avoit em-
mené la belle Iole sa sille, & eftoit devenu luy-
mefme efclave de sa prisonniere. DejanirePrin-
cesse de Calidon en prit aifément de la jaloufie.
Tout le monde sçait les amours de l'incomparable Hercule & de la
fœur de Meleagre : elle s'en affligea tellement, qu'après avoir essayé
plufieurs sois de noyer fes douleurs dans l'eau deses larmes, enfin elle
s'imagina que pour faire perdre à fon mary ses afsections étrangères. il
ne faîoit que fe fervir de la chemife trempéedans le fang de NeiTe, que
le traiftre Centaureluy avoit donnée en mourant, pour se vanger un
jour de ceîuy qui l'avoit tué de fes flèches empoifonnées du fang de la
befte deLerne, fous prétexte que c'eftoit un puifTant remecle pour se
faire aimer de celuy qui la veftiroit. Elle chargea Lichas de la porter
feurement à Hercule, &Iuy envoya son malheur fans le fçavoîr : Et
Lichas tout de mefme,fans y penfer,porta la mort à fon Maiftre. Her-
cule veftitauffi-toft. le linge empoifonné,allant offrir auxDieux fon fa.
crifice. Mais comme il commençoit encore fes prières, jettant de l'en-
cens dans le feu, & verfant du vin fur l'Autel ; le venin qu'il avoit fur le
dos,s'échauffa,&luy rongea premièrement la peau, puis entra jufqu'au
fond des moùelles, Sa vertu vainquit quelque temps le mal qu'il réf.
fentoit fans fe plaindre : Mais enfin sa patience domtée par la douleur,
luy fit quitter l'Autel & le Sacrifice, & s'en alla d'une voix furieufe
faire retentir la montagne d'OEta qui ne pût oùir fes cris sans en avoir
pitié. Il voulut deveftir cette chemise mortelle, il la voulut rompre :
Mais par tout où il levoit le linge ( chofe horrible à voir & difficile à
croire ) il en levoit la peau: car le venin estoit fi adhérant à la chair
qu'il n'euft pas efté en son pouvoir de l'arracher ; ou s'il î'arrachoir, il
emportoît la pièce, & laissoit les os découverts. Son fang grillé par ce
poifon brûlant, faisoit le mefme bruit qu'un fer rouge que l'on jette
dans l'eau. Le feu au lieu des'etaindre, s'augmentoit de plus en plus.
Ses entrailles en furent attaintes 3 & il fentit tant de mal que fon tour-
A a ment
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