Marolles, Michel de
Tableaux Du Temple Des Muses: Tirez Du Cabinet De Feu Mr. Favereau ... & gravez en Tailles-douces par les meilleurs Maistres de son temps ... — Amsterdam, 1676 [Cicognara, 4722]

Page: 203
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LES DIOSCURES. XXVI.
A tourmente qui eft si naïvement reprefentée
dans ce Tableau , eft une chofe affreufe. Ce grand
Navire qui n'agucres avoit fon mas drellé &ses
voiles tendues, ne sçauroitpresque resister à la
surie des soufies qui l'emportent à leur gré, en
dépit du travail & de l'adresse des Matelots. On
s'essorce en vain d'abbatre le long des cordages
un peu lasehez cette grande voile qui s'enfle de telle forte qu'elle cou-
vre une bonne partie du vaiffeau, &se jette plus loin que la proue:
mais ce qu'il y a de plus à craindre font ces ecueils à sseur d'eau qui en
sont sort proches, &que la tempefte couvre & découvre en un in-
stant. Le gouvernail se met en pièces, & les vagues bouffies s'abbatent
sur le tillac. Il semble qu'une partie du Vaifseau panche dans Pabyf-
me, tandis que l'autre s'eleve fur un mont. LeTonnerrcgrondesu-
rieufement ; un grand éclair qui éblouit les yeux, entrecoupe la nue,
& sait un jour incertain au milieu de la nuict,, les cordages mugiiïent,
& la grelle & la pluye qui fe messent avec les vents, augmentent l'ef-
froy de la tempefte. Cependant le Pilote ny les habiles Nauchers ne
defefperent pas d'éviter le naufrage. Ces deux lumières qu'ils apper-
çoivent au deffus de la hune, leur met dans le cœur cette douce con -
solation. Ils reconnoifîent les srères jumeaux Pollux & Caftor, qui
empefehent les Navires de périr, quand les vents renverfent la Mer,
& qu'une nuicl: humide dérobe la veuë du Ciel. Ilslesfauventmef-
mes bien fouvent quand ils sont échouez, & ont la puiffance de cal-
mer forage & de découvrir le front des Eftoiles. Ce don leur sut ac-
cordé par les Dieux immortels pour avoir nettoyé la Mer de Pyrates,
dés qu'ils surent parvenus en aage de porter les armes. Us se viennent
donc pofer fur la hune ou fur les antennes des Vaiffeaux, pendant les
grandes tourmentes, en forme de feux étincelans, comme ils font
icy reprefentez : & cela eft un figne infaillible que la M.t fe doit bien-
tôt! appaifer. Mais fi devanture il n'y en paroift qu'un feul, il y a
grand fujet de craindre tout le contraire, pource qu'ils s'en^'ayment
fi chèrement, que comme ils n'ont jamais eu de querelle enicmble,
Ce &
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