Marolles, Michel de
Tableaux Du Temple Des Muses: Tirez Du Cabinet De Feu Mr. Favereau ... & gravez en Tailles-douces par les meilleurs Maistres de son temps ... — Amsterdam, 1676 [Cicognara, 4722]

Page: 307
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P E R S E' E XXXIX.
QJLJ E c'est un grand bien d'estre en la protection
des puissanccs suprêmes ! & que les entreprises dif-
ficiles se trouvent aisées, quand elles y prétendent
la main ! Dans les derniers consins de l'Asrrique,
auprès de la mer Atlantique, où une terre brû-
lée sert de limites au grand Océan échauffé par les
feux du Soleil couchant , esloient les horribles
champs de la Gorgone M eduse sille de Phorque ; champs arides pri-
vez de l'ombrage de toute sorte de bois, & qui n'esloient point fen-
dus par le soc des Laboureurs , mais pleins de rochers nez des
regards de leur affreusè maistresse. Ce sut dans le corps de cet épou-
ventabîe monstre, qu'une envieuse nature conceut premièrement
ces pestes cruelles, quand lesserpentsde siiteste, firent ouïr de leur
langue pointue plu sleurs siflements, 8c que les ayant épars sur ses
épaules en façon de cheveux de femme, ils frappoient sa chair nue qui
en sentoit agréablement les coups: les couleuvres faisoient ssamber
leurs yeux de colère sur son front; les vipères bouffies de venin,,
tomboient par terre entre les dents du peigne dont elle retrouiïoit ses
cheveux : & infortunée à tous ceux qui la regardoient, elle ne laissbit
point juger la punition qu'elle donnoit : car en la voyant, qui a
craint les disformes traits de fon vifage? Quiconque l'a jamais pd
regarder fixement, luy a-t-ii esté permis de mourir ? Elle ostoit le
loilir du trépas, prevenoit la crainte, & faisoit qu'en uninstant les
membres pétrifiez servoient de sepulture aux ames qui se changeoient
en la nature des os, n'ayant point trouvé de sortie. Les cheveux ser-
pentins des Furies excitent seulement la fureur, le chien Cerbère
adoucit les siflements de ses couleuvres à Poiiye des airs d'Orphée,
Hercule regarde sans péril les telles de l'hydre qu'il défait ; mais
Phorque la séconde divinité de la Mer, pere de cette affreuse Gor-
gone, Cceto sa m ère, & ses seeurs mesmes, ont peur de lavoir:
monstrueuse fille qui pouvoit menacer le Ciel & la Mer, d'un en-
gourdissement éternel, & changer en rochers toutes leschoses qui
sont au monde î Comme de fait, plusietirs oyseaux en sont tombez
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