Marolles, Michel de
Tableaux Du Temple Des Muses: Tirez Du Cabinet De Feu Mr. Favereau ... & gravez en Tailles-douces par les meilleurs Maistres de son temps ... — Amsterdam, 1676 [Cicognara, 4722]

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LE DELUGE III.

E plufieurs Déluges qui sont venus de temps en
temps sur la terre, celuy deDeucalion sut l'un
des plus mémorables, 8c mefme le plus grand de
tous, si Ton doit adjoufler foy auxescrits des
Poètes ; 8c ne saut pas douter qu'ils ne le confon-
dent avec celuy que nous appelions Univerfel
qui suivit, comme celuy-cy, le desordre des
Géants qui firent la guerre à Dieu, portant les
vices jufques dans îe dernier exçez. Ce Jupiter qui allume fa colère
dans le Ciel, veut enfin chaftier les hommes : 8c de plufieurs fléaux
que fa Toute-PuhTance luy a mis en main, il choifit celuy des orages
Ôcdes pîuyes continuelles pour noyer le monde, faifant déborder les
rivières de toutes parts, & lafchant la bride à i'Ocean , à quoy for*
frère Neptune 8c tous les autres Dieux prettcnt leur confentement.
Voyez donc comme il ordonne à ce vent de Midy qui eftend fes
grandes ailes dans ce gros nuage, de le prefTer du toute fa force pour en
saire découler des torrents. 11 a chafTé les froids Aquilons, 8c tous les
autres Vents ennemis de k pluye qu'il a fait refièrrer dans leurs antres
de Thrace, ne îaiffant la campagne libre qu'à celuy-cy , & aux chau-
des haleines de l'Eure, qui ont aiTemblé tous les nuages qu'ils ont
rencontrez fous leur climat, avec toutes les vapeurs qui s'exhalent,
tant de l'Arabie 8c des Terres voifines du Gange, que celles qu'un
Soleil levant épaiffit en la séconde région de Pair, ou que le vent Corus
qui obscurcit toufiours le Ciel, a fufcitécs du costé des Indes. 11 n'y a
point de hroiïillars qu'il ne ramafle, point de rosée qu'il nerefferre:
8c l'arc-en-Ciel qui n'agueres eiwironnoit l'air d'un demy-cerclc bigar-
ré , fgifant à peine éclater la variété de ses couleurs par la refleclion de
quelque lumière, a beu à longs traits les eaux de l'Océan dont ayant
fait une grande Mer dans les nuè's, il en a relaifle tomber sur la Terre
les ssots qu'il avoit humez. A lors les Neges des Alpes 8c des Pyrénées,
celles de Scythie 8c des monts Riphées que l'ardeur des rayons du So-
leil n'avait jamais eu le pouvoir de sondre, coulèrent comme des
ravines furieuses de leurs fommets élevez. Les sontaines 8c les rivières
ne s'arresterent plus dans les bornes de leurs couches anciennes : elles
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