Marolles, Michel de
Tableaux Du Temple Des Muses: Tirez Du Cabinet De Feu Mr. Favereau ... & gravez en Tailles-douces par les meilleurs Maistres de son temps ... — Amsterdam, 1676 [Cicognara, 4722]

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LEANDRE ET HERO. XXXV.
^p^JS^pïÉ^ E nageur est bien téméraire de s'esire jette en
^l^^^ll Mer par un temps si fa sc h eux. Voyez cette
^^^i^ÈM nu^e grosse d'orsge, qui renouvelle une tempeste
qui dure depuis six jours. Ce ne peut eitre que
l'Amour qui ait engagé Leandre dans un si grand
péril ; aussi le voit-on dépeint voltigeant après
luy , pour l'encourager, en luy montrant la
route qu'il doit tenir. Il sait des vœux à toutes les Divinitezdeîa
Mer 3 & dit aux vagues qui le doivent bien-tost: enseveîir ; Epargnez-
moy quand je me haste d'aller : Noyez-moy, quand je seray con-
traint de retourner. Son impatience causée par le iouvenir de ses chè-
res délices, l'a mis en cet estat : & le trajet n'estant pas sort long a'A-
bide à Sefte, il s'est persuadé que sou courage & ion destin luy fe-
roie'nt surmonter, comme de cou si urne, les vagues de PHeîlcspont,
quoy qu'il eust perdu ce calme si doux, qui lerendoit, il y a quel-
que temps, l'une des plus agréables Mers du monde. Enfin Leandre
n'ayant pu supporter de se voir davantage privé de la presence de îa
belle Hero, qui d'ailleurs luy a témoigné par lettres de desirer paiïion-
nément de le voir, parce que les journées de son absence luy sem-
bîent des années entières, outre que ny l'un ny l'autre ne sçauroient
reposer; après avoir retenté plusieurs fois la Mer orageuse, a mieux
aymé s'y abandonner encore une fois dans l'intervalle d'une fausse
bonnasse, que de sourTrir l'inquiétude qui le dévore. 11 conjure
Borée, qui fut autresfois amoureux comme luy d'appaiser la vio-
lence: il demande à Neptune la mesmegrace, par les douces incli-
nations qu'il eut autresfois pour Amymoné & pour la belle Tyro. Je
vous prie, dit-il par le nom , & parla mémoire des Nymphes que
vous avez tant estimées, de ne me donner pas tant de marques de
vostre couroux. Que si vous voulez que les vents se faslent la guerre,
donnez-leur un champ de bataille plus loin, & en quelque Mer plus
efiendue que ce petit détroit qui me separe'de ce que j'ayme si chè-
rement. Que je îa puisTe voir encore un moment, & puisjemecon-
soleray de ma perte. Mais son ardeur, sa pieté, ny ses larmes ne
M m peu-
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