Marolles, Michel de
Tableaux Du Temple Des Muses: Tirez Du Cabinet De Feu Mr. Favereau ... & gravez en Tailles-douces par les meilleurs Maistres de son temps ... — Amsterdam, 1676 [Cicognara, 4722]

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CLYTIE ET LE SOLEIL. XIV.
E Tableau plus heureux dans Ton païsage que
dans le choix de Ton sujct, qui ne s'exprime pas
facilement avec le burin, represente la jalousie qui
se destruit d'elle-mesme par savanture deClytie.
Cette Nymphe de l'Océan après avoir joui long-
temps des faveurs du Soleil qui l'avoit aimée, ne
pût voir sans un extrême dépkisir que ce grand
Astre honorast de ses inclinations & de fes visites Leucothoé fille
d'Orchamc septiesme Roy de Perse après Belus, & delabelleEury-
ïiome: car pour en dire la vérité, ce Dieu la visitoit sou vent pour
prendre toute sorte de privautez avec elle ; ce qui mit tellement le
desespoir, & la rage dans le cceur deClytie, qu'elle en alla dire la
nouvelle à Orchame, dont ce pere impitoyable se tint si sort osFencé
contre sa sille, que sans écouter ses exeuses,, il l'enterra toute vive.
Cette cruauté qui saisoit horreur à la Nature, toucha sensiblement le
Soleil. Il est icy dépeint comme il entrouvrit la Terre par la sorce de
ses rayons, en conduisant sbn char lumineux, pour donner de l'air
au visage de Leucothoé : mais ce sut trop tard. Leucothoé eftoufsa
bien-tost, sous le poids de la Terre : & jamais le Dieu ne pût rechaus-
ser ses membres que le sroid de la mort avoir gelez, quelque soin qu'il
y pust apporter; car il n'y a point de puisTance capable de sorcer les
loix du Desiin : mais après qu'il eut arrosé de Neétar toute la Terre
d'alentour; le corps humedé de cette divine liqueur s'amolloit aussi-
tost ; & saifant part à la terre de la mesme odeur dont il eftoit imbibé,
il commença peu à peu à jetter les racines de l'arbre qui porte l'Encens
dont l'odorante fumée qui en fort, va pénétrer jufqu'au trône des
Dieux. Cependant Clytie qui sut si mal-heureufe que d'en perdre les
bonnes grâces de Ton illuftre Amant, ne s'en pût jamais confoler : &
parce qu'il ne la voulut pas seulement regarder, elle en conceut un tel
depîaisir qu'elle ne fit plus que languir. Elle fut huit jours toute nue
comme vous la voyez icy reprefentée dans une plaine rafè, sans pren-
dre aucune nourriture, failWincessamment des plaintes: Arrelîez-
vous, disoit-elle a beau Soleil5 & faifant avancer vos chevaux plus
O tard
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