Der Sturm: Monatsschrift für Kultur und die Künste — 5.1914-1915

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furchtbar und verheerend gewesen wie iw die-
sem Jahre. Sie brach in die Famihe ein und iehrte
die jungen Mütter das Grausen. Sie hing sich an
das Lächeln der Liebe und machte ein bieiernes
Grinsen daraus. Knaben gaben sich den Tod und
Greise verüuchten das Leben.

Le Greco-Paganisme

dans !a Poesie francaise actneüe

Ce n'est pas aux tecteurs de D e r S t u r m
que j'apprendrai que Gerhart Hauptmann ct Emiie
Verhaeren abandonnent en queique sorte ia ma-
niere rude et ies themes modernes gräce auxqueis
iis s'imposerent au pubiic. Ces iecteurs savent
qu' Hauptmann, apres un sejour en Grece, vient de
faire repretenter, ä !a Societe du theätre dcs ar-
tistes dont ii est ie directeur, un poeme dramatique:
Der Bogen des Odysseus, qui n'est autre
qu' une iibre et soupie adaptation d'Homere: Et
iis savent aussi que Verhaeren a fait jouer recem-
ment ä Paris une Heiene de Sparte et que,
presque en meme temps, ii repudiait ie vers iibre.

Je ne veux pas medire du vers iibre auquei
nous devous queiques pieces d'un charme reei;
mais je suit bien obiige de constater que ie vers
iibre est en France en compiete decadence, qu'ii
a ete renie successivement par tous ies grands
poctes qui i'ont preconise et iiiustre: Jean Moreas,
Charies Van Lerberghe, Henri de Regnier et Ver-
haeren. S'iis ont agi ainsi, c'est qu'iis ont compris
que cet „instrument" ne convenait pas ä ia iangue
franqaise qui n'a pas d'accent tonique comme i'aiie-
mand, i'itaiien ou ie grec. Tandis que ia prosodie
etrangere s'appuie sur des syiiabes iongues ou
breves, ia prosodie franpaise est determinee par ia
mesure, ia cadence, ie nombre de pieds et ia rime.
Ce sont des systämes entierement opposes. Les
etrangers ont i'oreiüe pius sensibie que ia nötre
au son fort ou faibie des syiiabes. Aussi ieur est-
ii pius faciie de concevoir ie vers iibre; ils savent
le cadencer, ie rythmer par i'aiternance des temps
forts et des temps faibies qu'iis entendent, eux,
mais que uous n'entendons guere, nous autres
Franqais. La question du vers iibre se ramene ä
une question de musique. Et c'est pourquoi ii ne
faut pas s'etonner que Verhaeren ait renonce ä
faire des vers iibres comme y avaient renonce
Moreas, Van Lerberghe et Henri de Regnier. Et
i! ne faut pas s'etonner non plus que, comme
Hauptmann, ii soit reveiiu ä i'antique.

Est ce un recui? Non pas! C'est, tout au
contrnire, un progres. il en est des progres de
!a litterature comme des progres des sciences ex-
perimentaies qui accusent une marche „tournante".
Mais (et fort heureusement), chaque fois que nous
accompiissons un tour nouveau, nous sommes pius
avertis, pius habiies; si, en sciences d'observation
et d'experimentation et en poesie, nous faisons
peu de decouvertes, si meme nous devous en partie
renoncer ä queiques-unes de ceiies que nous avons
reaiisees, ii n'en est pas moins vrai que nous
savons ies utiiiser avec pius de discernement, de
precition, d'ä-propos. Ainsi i'empioi du vers iibre
en France n'aura pas ete vain: ii a obiige ia poesie
reguiiere ä se rajeunir, ä s'assoupiir, ä se per-
fectionner par une serie de reformes destinees ä
compieter i'oeuvre de progres qu'avaient dejä
accompiie ies romantiques ä i'egard de l'ancienne
poesie ciassique.

De meme, en revenant ä i'antique, et speciale-
ment aux sujets inspires de la mythoiogie grecque,
ies poetes ont besoin d'apporter unc exactitude
de vision et une fraicheur d'emotion toutes nou-
veiies. C'est ce que font en particuiier ies trois
pius grands de nos poetes francais vivants: Henri

de Regnier, Anna de Noaiiies et Fernand Mazade;
et c'est ce qui permet de constater sans regret ce
retour de ia poesie aux sources miiienaires.

Je sais tout !e mai que l'on peut dire des mytho-
iogies et qu'ii est faciie de ies tourner en ridicuie;
mais ii est moins facite de se passer d'elies;
c'etait i'opinion de Stepharne Maiiarme dont ä
bon droit se reciament nos poetes d'avant-garde.
„Les symboies mythiques", ecrivait ii „ont ete, par
ia science, dciivres de ia personnaiite fabuieuse
ou ies enferma i'antiquite. Rien ne reste pius que
i'apparence des dieux ä jamais incarnee dans ic
marbre, puis ieur signification rendue ä ia iumiere,
aux nuees, a i'air. Voiiä ou en est ie savoir de
notre temps; mais, ä cöte de i'etude, ii y a i'ima-
gination. De tres grands poetes ont su (c'est ieur
devoir tant que i'humanite n'a pas cree de mythes
nouveaux) vivifier ä force d'inspiration, et comme
rajeunir par une vision moderne, ies types de !a
fabie. Si queique esprit, i m b u d c p r e j u g e s ,
nensait que ies divinites n'ont pius chez nous ie
droit ä i'existence ii pourra, ä la iecture de beiies
pages cmpruntees aux gioires des iettres d'au-
jourd'hui, reconnaitre, comme uu fait, que r i e n
n'est mort de ce qui fut ic cuite spi-
rituei de !a race. Magnifique et vivant pro-
iongement qui doit se perpetuer aussi
iongtemps que notre genie iitte-
raire". Voiiä ce que disait Stephane Maiiarme;
et personne ne saurait mieux dire.

* *

Je iisais tout recemment dans une revue ber-
linoise un articie de Rene Caivin, consacre ä
ia renaissance du paganisme grec dans ia iitte-
rature actueiie. Rene Caivin constatait que cette
renaissance s'etait produite presque ä )a meme
heure et presque dans toute i'Europe. Voiiä ie cas
de repeter que cerfaines idees fiottent dans i'air
universei et que, ä queiques instants pres, on ies
respire en meme temps ä Saint-Petersbourg et
ä Beriin, ä Paris et ä Londres.

Ii y a peu d'annees, ie iitterateur ie pius re-
marquable de ia jeune Buigarie, Pentscho-Siawey-
koff pubiiait sa P ii r y n e qui, maigre certaines
imperfections de forme, reste une oeuvre de pre-
mier ordre. En preconisant ia reiigion de ia beaute
physique, teiie qu'eiie existait dans i'antiquite
grecque, Pentscho-Siaweykof a rendu un reei
service ä ia poesie de son pays: Ü i'a arrachee aux
etroits iiens du f o i k -! o r e nationai, i! i'a deiivree
de ses frontieres strictement buigares; et, depuis
ia signature de ia paix, toute une pieiade de po-
etes baikaniques accordent ieur lyre ä ia faqon de
i'auteur de P h r y n e.

En Pussie, ie mouvement greco-paganisant est
mene avec ardeur par une trentaine de poetes qui
appartiennent ä un groupement 'appeie !e M u -
s a g e t e. iis ont reuni ieurs meiiieurs vers dans
une anthoiogie, iis se remuent, iis donnent de beiie
esperences; et si je ne ies nomme pas, c'est parce
qu'üs ne reaiisent pas encore dans ieurs oeuvres
imparfaites ies promesses de ieurs theories.

En Itaiie, ie mouvement en faveur du paga-
nisme a cominence sous i'impuision d'un certain
nombre de jeunes ecrivains dont ie taient s'af-
firme pius harmonieux, pius pur et pius sincere
que ceiui de Gabrieie d'Annunzio qui, en somme,
n'a rien compris ä i'antiquite ciassique.

En Angieterre, ia renovation paienne est pre-
chee par queiques socioiogues et moraiistes de-
termines et, en particuiier, par M. Deshumbert,
fondateur de ia societe de !a Moraie de !a nature.

Cette cause a aussi piusieurs ardents cham-
pions en Hoiiande et. surtout, en Beigique ou
briiient ies muses d'Emiie Verhaeren (ie Verhae-
ren nouveiie maniere), d'Aibert Giraud et de
Franz Ansei.

Ew France, depuis que ia Rewatssance u re-
peubie l'Oiympe et !e Parnasse, nous n'avons pas
cessc d'avoir des poetes paganisants. Les mythe*
grecs rempiissent i'oeuvre de Pierre de Pousar^
et ceiie d'Andre chenier; iis ont inspire des vers
admirabies ä Victor Hugo et ä Lecoute de Lisiw,
ä Thcodorc de Banviiie et ä J.-M. de Heredia, ä Ste-
phane fdaiiarmc et ä Henri de Regnier, ä Anna d-e
Noaiiies et ä Fernand Mazade. Chaque jour noae
avons ia preuve qu'Uiysse d'Itbaque et Heiene de
Sparte n'ont pas vieiiii, non pius que ies paysag&s
d'Heiiade et d'Ionie. Les sentiments des hommes
et ies beautes de ia nature demeurent eternefs,
et cterneis aussi ies mythes qui ies expriment. La
nouveaute ne consiste pas ä choisir un sujet nenL
eiie est dans ia facon de sentir et d'exprimer.
Ouand Deiiüe ceiebrait ie jeu de trictrac, ii trai-
tait un sujet neuf; ses aiexandrins ne s'averaieat
pas moins vieux. Et c'est aussi avec des vers
ecuies que pius d'un rimeur d'aujourd'bui chante
ie tango, ia greffe animaie et i'aeropiane.

A des miiiiers d'annees de distance. ies mythes,
ies symboies grecs conservent toute ieur gräce,
toute ieur fraicheur, toute ieur puissance: iis per-
sonnifient toujours nos instincts, nos sentimeats,
nos sensations. Les religions nouveiies ne ies
ont pas etouffes, parce qu'iis sont assez peu pre-
cis pour ne pas contredire notre raison et qu'üs
contentent pieinement toute notre sensibilite. )Ü6
sont mysterieux; pourtant nous !es voyons. Nous
supposons que nous ne croyons pas ä eux (qut
de bous chretiens sont paiens sans s'en douter!);
mais iis nous ensorceiient. Ouand Henri de Reg-
nier fait devant nous

Ruer ia centauresse et hennir ie centaure,
nous sommes emerveiiies. Nous semmes eme-r-
veiiies quand ce meme poete nous montre ie aa-
tyre ivre et triste. ^

Oue mc fait !e printemps puisque son ciair retow
Ne rend pius sa verdeu ä mon corps ias et iourd,
Ou'ii ne se meie pius ä mä force vieiiiie,

Puisqu'ii me raiiie, qu'ii m'ignore, qu'ii m'oubih:
Et s'ecarte de moi qui i'ecoute souvent
Pire dans ia feuiiiee et rire dans ie vent
Et chuchoter tout bas )e iong de mon chemi«,
Teliement que je vais, miserabie et chagrin,
M'asseoir sur cette pierre au seuii de ton ceitier,
Et, Satyre podagre, au vin hospitaiier
Qui sommeiiie dans i'ombre au fianc creux de

i'amphore,

Je redemande ie mensouge d'etre encore
Ceiui-iä qui scntait, avec avrii ecios,

Le retour de ia seve en ses membres nouveaux.

Apres Henri de Regnier, ia comtesse Anna de
Noaiües a chante des hymnes pa'iens avec un art
inegai, mais avec de frequentes eciairs de genie.
L'amour rempiit toute i'oeuvre de cette poetesse
dont ies deux iivres caracteristiques sont: Les
ebiouissements et Le coeur innom-
b r a b i e. Appeier Eros quand ii est absent, ciore
sur iui sa porte quand ii est venu, ie pieurer quawd
ii est parti, et ie desirer de nouveau, tels sont ies
soins uniques de Mme de Noaiiies.

Mon coeur, qu'attendez-vous de ia chaude journee?
Ah! mon coeur, vous n'aurez p!us jamäis

d'autre bien

Que d'esperer i'amour et ies jeux qui i'escortent,
Et vous savez pourtante ie ma! qu'ii vous apporte,
Ce dieu tout irrite des combats dont ii vient!

Cet Amour n'est pas le dieu gaiant, spirituei
et badin qui mene au son des fiutes et des vioies
ies rondes des bergeres qu'habiiiait Watteau, ni le
confidcnt aiie qui voitige antour des deesses de

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