L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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L'ART.

fille ». Mais nous avons vu que Francesco Buti était mort dès 145:0 : ainsi cette particularité
devrait avoir rapport plus exactement à Antonio, frère de Lucrezia; mais celui-ci montra, par la
suite, qu'il était loin de prendre un tel souci.

Bien que furieuse de ce scandale, la mère abbesse jugea prudent de ne pas laisser éclater
publiquement sa colère. Elle savait qu'on lui reprochait sa mauvaise administration, qu'on l'accusait
d'avoir laissé s'introduire dans le monastère un grand relâchement de mœurs et de discipline. De
son côté, l'autorité ecclésiastique, bien qu'informée de l'événement, ne voulut pas intervenir pour
y porter remède. Aussi les désordres ne firent-ils que s'accroître dans le couvent. Déjà Spinetta
Buti s'était empressée de suivre sa sœur dans la maison de Fra Filippo ; et l'on peut conjecturer
que trois autres religieuses, qui entretenaient des relations coupables avec des hommes auxquels
leur qualité donnait entrée dans le couvent, se hâtèrent de le quitter à leur tour.

Deux ans s'étaient presque écoulés depuis que ces cinq religieuses avaient quitté le monastère,
lorsque, cédant soit au remords, devenu plus puissant, soit à la contrainte de l'évêque, elles y
rentrèrent vers la fin de 145:8. Mais leur fuite et leur séjour de deux ans clans le monde profane
avaient effacé leur vie religieuse antérieure. Aussi furent-elles reçues comme de nouvelles reli-
gieuses et soumises une fois de plus à l'épreuve du noviciat. Après quoi les cinq religieuses :
Piera, fille d'Antonio cli Vanni Sensi de Prato, Spinetta Buti et sa sœur Lucrezia, Simone, fille
de Michel Lottieri, et Brigitte, fille d'Antonio Peruzzi de Florence, revêtues de l'habit religieux et
la tête couverte du voile, furent conduites le 23' décembre 1459, dans l'église du monastère ; et,
tenant dans la main un cierge allumé, elles s'agenouillèrent devant le grand autel sur lequel était
le tableau peint par Filippo et où Lucrezia revoyait, dans la figure de la Vierge, sa propre image.
Elles renouvelèrent les vœux solennels de leur profession en présence de Messer Ottaviano
Guasconi, abbé de Santa Maria di Grignano et vicaire de Prato, de Messer Donato de' Medici,
évêque de Pistoia, et de Sœur Jacopa de Bovacchiesi, abbesse-vicaire depuis la mort de l'abbesse
Bartolomea, sa sœur. Dans l'acte qui fut à cette occasion passé par-devant notaire, on remarque
les paroles suivantes : « Et solemniter promiserunt, — habentes in manibus et legentes quamdam
cednlam, — stabilitatem, conversionem suorum morum et castitatem, et obedientiam débitant,
secundum regulam et ordinem dicti monasterii, —facere et observare[. »

Mais la réclusion dans le cloître devint bientôt insupportable à quelques-unes de ces reli-
gieuses qui avaient savouré pendant un certain temps les joies de la liberté. Aussi, oubliant peu
à peu leur bonne résolution de changer de vie et de mœurs, les promesses solennelles faites au
pied des autels, elles n'attendirent peut-être pas un an pour revenir à leurs dérèglements habituels
avec les complices de leurs fautes passées, et il semble qu'elles abandonnèrent le couvent encore
une fois. Si l'on ne peut affirmer qu'elles renouvelèrent leur fuite, il est du moins prouvé, par
une tambnra{ione, c'est-à-dire par une accusation secrète adressée en mai 1461 aux officiers de
nuit et des monastères2 contre Maître Piero, fils d'Antonio Rocchi, notaire à Prato, procureur
de Sainte-Marguerite, et contre Frère Philippe3, que les désordres duraient encore dans ce
monastère et que les sœurs Buti s'étaient de nouveau réfugiées dans la maison du moine.

Ayant ainsi retrouvé la femme aimée, Fra Filippo, pour n'avoir point à se la voir enlever

1. Actes de Maître Dietainti Spighi de Prato; protocole de 1457 à 1459.

2. Les officiers des monastères furent institués en 1421. Ils étaient chargés du soin et de l'administration des monastères à l'intérieur de
Florence et jusqu'à quatre milles de distance. Les officiers de nuit, qui remontent au xiv" siècle, furent réunis aux officiers des monastères et
investis de la même autorité en 1455. Elus annuellement, ils étaient au nombre de neuf, deux des arts mineurs, sept des arts majeurs. Pour
obtenir cette charge, il fallait être marié et avoir au moins cinquante ans. — Les accusations secrètes et anonymes furent appelées tambuia^ioni
et l'acte qui consistait à accuser de cette manière fut désigné par le verbe tamburare, parce que ces dénonciations se jetaient dans une boîte dite
tamburo et suspendue à la porte de cette magistrature.

5. La tambura^ione s'exprime ainsi :
« Le 8 mai 1461.

« Devant vous, Messieurs les officiers de nuit et des monastères de la ville de Florence,

« On notifie que Maître Pietro d'Antonio di Ser Vannozzo, Porte Sainte-Trinité de Prato, a fréquenté et fréquente le monastère de
Sainte-Marguerite de Prato, et que, il y a deux mois environ, il a eu un enfant mâle dans ce monastère. Il l'a fait passer hors des portes, par
un trou, pendant la nuit, et porter au Petriccio, puis on l'a présenté la matinée suivante sur les fonts baptismaux, à Prato. Ce fait est connu
de beaucoup de personnes dans cette ville. Si vous voulez trouver le coupable, vous le trouverez tous les jours lui et un autre qui s'appelle.
Frère Philippe. Celui-ci s'excuse en disant qu'il est chapelain, et l'autre, qu'il est procureur. Ledit Frère Philippe a eu un garçon d'une femme
qui s'appelle Spinetta. Cet enfant est chez lui, il est grand et s'appelle Filippino. » (Archives d'Etat de Florence; délibération des officiers de
nuit et des monastères, de 1459 à 1462, n° 60.) La dénonciation se trompe sur le nom de la mère de Filippino, mais cette erreur nous apprend
que les deux sœurs Buti s'étaient réfugiées dans la maison de Fra Filippo.
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