L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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LA ROSALBA

SON PORTRAIT AU MUSÉE DE DRESDE

u siècle dernier, le nombre des femmes
cultivant sérieusement la peinture était
très-petit en comparaison de notre épo-
que, où tant de noms féminins figurent
au livret de nos expositions et servent
de signature à des œuvres d'un vrai
mérite. Cette différence entre le présent
et le passé n'est pas sans avoir aidé à
la grande réputation que se sont acquise
quelques femmes artistes de l'ancien
temps, telles que Rosalba Carriera,
Angelica Kauffmann et Vigée-Lebrun.
Leur vie a été une série de succès et
d'honneurs. Toutes ont été appelées et
fêtées dans les cours, où elles ont eu
pour modèles reines et princesses.
Pareille fortune est bien faite pour
encourager leurs nombreuses émules, nos contemporaines, d'autant plus que parmi ces dernières,
il en est beaucoup qui n'ont rien à leur envier sous le rapport du talent.

La vie de Rosalba Carriera, la seule dont nous ayons à nous occuper pour le moment, est
mieux connue que la biographie de bien des maîtres auprès desquels elle ferait à peine figure
d'amateur. Elle a tenu elle-même un minutieux journal de son séjour à Paris en 1720 et 1721, et
ce journal publié en italien, en 1793, par l'abbé Giovanni Vianelli, chanoine de la cathédrale de
Chioggia, près Venise, a été depuis traduit en français, annoté, augmenté d'une biographie très-
complète de l'artiste, d'un catalogue de son œuvre, et enrichi de documents curieux sur les artistes
et les amateurs du temps par Alfred Sensier, qui en a fait une œuvre réellement intéressante,
bien que l'intérêt porte sur les détails plus que sur le journal même, prétexte de ce savant tra-
vail '. C'est le cas ou jamais de dire que la sauce fait passer le poisson, ou plutôt que le cadre
fait accepter le tableau.

Rosa Alba Carriera, par abréviation Rosalba Carriera, et plus brièvement encore la Rosalba,
comme on dit le Titien, le Corrége, naquit à Venise le 7 octobre 1675:. Elle était l'aînée de deux
sœurs, Giovanna et Angela. Sa famille était honorable mais pauvre. La mère et les filles gagnaient
leur vie à faire de la dentelle connue sous le nom de point de Venise. Cette dentelle ayant passé
de mode, Rosalba qui se sentait des instincts de peintre, et qui déjà s'était amusée à dessiner
pour sa mère des modèles de dentelles, se mit à peindre des miniatures sur des tabatières. Dans
ce travail auquel l'avait initiée un peintre français nommé Jean Stève, qui se trouvait alors à
Venise, elle manifesta un talent qui se développa sous la direction de différents maîtres, et attira
sur elle l'attention à ce point que, dès l'âge de vingt-quatre ans, sa réputation de miniaturiste
était faite dans sa ville natale.

1. Journal de Rosalba Carriera, etc., etc., par Alfred Sensier. i vol. in-i8de 569 pages. Paris, 1865, L. Techener.

Lettre tirée de 1' « Orthographia » de J0V1. Daniel Preisler,
publiée par Joh. Christoph Weigel.
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