L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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Exposition de peinture a l'Académie royale, en 1789.
Gravure de Pierre-Ant. Martini, d'après P. Ramberg. (XVIII' siècle, par Paul Lacroix. — Didot.

NOTRE BIBLIOTHÈQUE

ÉTRENNES DE 1878 — LIVRES ILLUSTRÉS

XCII

XVIIIe SIÈCLE. Lettres, sciences et arts. (France, 1700-
1789.) Par Paul Lacroix (bibliophile Jacob). Ouvrage illustré
de 15 chromolithographies et de 250 gravures sur bois (dont
20 tirées hors texte), d'après Watteau, Vanloo, Largillière,
Boucher, Lancret, Chardin, Desportes, Greuze, Oudry, Ver-
net, La Tour, Saint-Aubin, Eisen, Gravelot, Moreau, Cochin,
Delacourt, Marillier, etc. 1 vol. in-40 de 560 pages. Firmin-
Didot et Cie, 56, rue Jacob. — 1878.

Le môme auteur a déjà publié, il y a deux ans, la première
partie de cet ouvrage. Il y traitait des institutions, des usages et
des costumes du xvme siècle. L'Art en a rendu compte. Nous
n'avons pas à y revenir.

Le volume que publie aujourd'hui M. Paul Lacroix se com-
pose comme le premier d'une série de monographies qui suppo-
sent une accumulation de recherches, d'études et de lectures
vraiment prodigieuse. Il est difficile de mieux connaître le
xvme siècle. Malheureusement pour l'intérêt du livre, il y a entre
l'esprit de M. Paul Lacroix et celui du temps qu'il étudie une
antipathie, une incompatibilité d'humeur, qui ne lui permet pas
de pénétrer dans l'intimité des choses et d'en saisir toujours la
signification réelle. Malgré ses efforts visibles et méritoires pour
garder son sang-froid, et faire le départ exact du bien et du mal,
il se laisse entraîner bien souvent à des jugements contestables
par la répugnance dominante que lui inspirent les doctrines de
l'Encyclopédie. Et c'est à ce point de vue qu'il se place pour ap-
précier Fontenelle, Dalembert, Diderot, Montesquieu, Voltaire,

1. Voir l'Art, \" année, tome Ier, page 54.
ToMK XIf.

J. J. Rousseau. Turgot lui-même ne trouve pas grâce à ses yeux.
« La marquise du Défiant, écrit-il, avait beau dire dans ses lettres
que « le Turgot était un fou qui n'avait pas le sens commun et
« un sot animal », Turgot était premier ministre du roi, qui le
laissait mettre à l'essai les systèmes imprudents des Écono-
mistes. »

M. Paul Lacroix, en exprimant'-de pareilles idées sur les
hommes du xvme siècle, est parfaitement dans son droit, et nul *
ne peut le_lui contester. Mais il est aussi bien évident que ce point
de départ une fois donné, il ne faut plus rien attendre qui res-
semble à de l'impartialité. Nous nous retrouvons tout d'abord
en plein courant d'anathèmes, ce qui a depuis longtemps perdu
toute nouveauté.

Nous ne discuterons pas cette manière de voir. Par bonheur
la moitié du livre de M. Lacroix, celle qui intéresse spécialement
les lecteurs de l'Art, et qui se rapporte aux manifestations artis-
tiques du xvme siècle, échappe presque complètement à l'esprit
de parti. Là nous retrouvons toutes les qualités de l'écrivain
sagace et érudit. Les appréciations qu'il porte sur la plupart des
artistes du xvme siècle nous paraissent d'une irréprochable jus-
tesse, et elles démontrent une étude approfondie et vraiment
personnelle des hommes et des oeuvres.

S'il est un préjugé universellement répandu, c'est que le
style rococo a été introduit à la cour de Louis XV par la mar-
quise de Pompadour. C'est exactement le contraire de la vérité,
comme l'a démontré M. L. Gourajod f, mais ce n'est pas une rai-
son pour que cette erreur soit près de disparaître. Nous sommes
heureux de pouvoir rendre à M. Lacroix le témoignage qu'il est

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