L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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CHRONIQUE

FRANÇAISE.

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Biganzolc, qui n'a pas compris la grandeur intellectuelle et
morale de ses deux illustres modèles.

J'aime mieux la Mosca cieca (la Mouche aveugle), de
M. Francescho Barzaglie, lequel me montre une jolie jeune
fille, dans la prime fleur de ses quinze ans, qui s'avance les yeux
couverts d'un bandeau, le pied craintif, la main fouillant l'espace,
et de'jà cherchant à saisir et à reconnaître celle de ses compagnes
qui va la remplacer et subir l'épreuve à son tour.

Quelques bustes de femmes et d'enfants se font aussi juste-
ment remarquer par l'éle'gance de leur facture et le charme de
leur expression.

Telle est dans son ensemble, vue rapidement, et, pour ainsi
parler, à vol d'oiseau, cette Exposition de Nice, qui a pris ici
l'importance d'un événement, et qui est en effet, un événement
considérable dans le monde artistique. Depuis longtemps déjà,
Nice et l'admirable région qui l'entoure avaient le privilège
d'attirer une légion d'artistes, épris des beautés de cette incom-
parable nature du Midi, où la ligne est si belle et si noble, la
couleur si riche, la lumière si éclatante et si pure. Mais aucun
lien ne les rattachait l'un à l'autre ; chacun travaillait dans l'isole-

ment, tout à son œuvre, ignorant celle des autres, et privé ainsi
de cette comparaison nécessaire, qui peut seule nous mettre à
même d'apprécier nos progrès ou de mesurer notre décadence, et
qui est pour le sculpteur et pour le peintre, parvenus à un cer-
tain degré de talent, la meilleure de toutes les écoles, parce
qu'elle contient l'avertissement et l'exemple.

Grâce à son initiative hardie, à sa généreuse énergie et à la
persistance de ses efforts, que l'on ne saurait trop reconnaître et
trop louer, le prince Georges Stirbey est parvenu à combler une
lacune regrettable. Il a fondé une institution durable, et dont le
début, entouré de tant de sympathies et couronné d'un si vif
succès, assure dans l'avenir le fonctionnement régulier. Nous
aurons chaque année les expositions de Nice, comme nous avons
les expositions de Paris; et cette ville charmante, Nizza la Bella,
comme disent les Italiens dans leur langue amoureuse et sonore,
ne sera pas seulement la reine des fleurs et la fille du soleil, elle
prendra rang parmi les cités glorieuses dont ce sera un titre, aux
yeux de la postérité, d'avoir été rangées parmi les protectrices de
l'art.

Louis Énaui.t.

CHRONIQUE FRANÇAISE

Exposition universelle de 1878. — En dépit de la parci-
monie avec laquelle le commissariat général de l'Exposition
distribue en ce moment les permis de visite, les curieux abon-
dent chaque jour au Trocadéro et au Champ-de-Mars. La popu-
lation parisienne a hâte de se rendre compte de l'effet que
produiront les gigantesques constructions et de leur état d'avan-
cement. Les travaux sont poussés avec une activité plus fébrile
que jamais et l'on peut déjà avoir une idée du magique spectacle
que présenteront les deux palais du Trocadéro et du Champ-de-
Mars.

Le palais du Trocadéro sera décidément l'un des plus puis-
sants attraits de l'Exposition universelle. Les deux galeries en fer
à cheval qui s'étendent de chaque côté du pavillon central sont
terminées, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. On achève en ce
moment le plancher des galeries circulaires. Les décorations en
mosaïque sont placées dans l'entablement au-dessus du prome-
noir extérieur, ainsi que sur les deux pavillons dits des confé-
rences. Cette décoration est très-harmonieuse, très-sobre. Le
gros œuvre de la vaste salle des fêtes, de la rotonde, est presque
achevé ; on construit actuellement les planchers qui supporteront
les loges. Quant aux deux tours, il s'en faut de quelques mètres
que le faîte en soit atteint. On sait qu'elles seront le point le plus
élevé de Paris. Un ascenseur, installé dans chacune d'elles, per-
mettra d'atteindre aisément le sommet de ces deux tours.

La grande cascade monumentale en pierre du Jura, qui fait
face à la rotonde du palais du Trocadéro, est presque terminée.
Les arceaux par lesquels s'échapperont les flots d'eau sont posés.
Quant aux degrés que l'eau parcourra successivement après sa
chute, et quant à la vasque terminale de la cascade, quelques
jours encore, et tout sera fini.

Le parc qui entoure le palais est déjà d'un aspect très-pittores-
que. Les déblais jugés nécessaires sur la droite du monument, en
regardant le Champ-de-Mars, ont fait entamer la roche calcaire
que l'on trouve dans ces parages aussitôt que l'on creuse un peu.
On a profité habilement de l'apparition de cette roche calcaire.
Les blocs superposés qui se trouvent conservés sur une longue
étendue, décorés de plantes grimpantes, de gazons et d'arbustes
rares, revêtus d'une couche de mousse bien authentique, donnent
l'illusion de ruines séculaires. Un ruisseau, dont le cours est
tracé, serpentera à la base de ce mur naturel qui limite à droite
le parc du Trocadéro.

Toujours dans la même partie du parc, mais plus près de la
rotonde, on aperçoit un grand rond soigneusement entouré de
grillages. C'est dans cet espace que des jardiniers hollandais ont
disposé 40,000 oignons de tulipes dont les fleurs produiront,
assure-t-on, un coup d'œil saisissant et particulièrement original.
Qu'on s'imagine les tulipes, ces merveilleuses tulipes de Harlem,
à la tige droite et ferme, à la corolle d'un fond blanc, aux pétales
larges, arrondis au sommet et ayant au moins trois couleurs
bien tranchées. Elles sont disposées de telle sorte qu'elles dessi-
neront avec la précision d'une belle lithographie les armoiries de
la ville de Harlem. L'épée renversée qui figure au centre de
l'écu sera représentée en tulipes blanches; les bords en tulipes
rouges. Au sommet de l'ovale, le mot Harlem sera écrit en
tulipes rouges, de même que le mot Nederland au bas de l'écusson.

En descendant la pente du Trocadéro, et non loin de la voie
établie pour prolonger le quai de Billy, on voit les pavillons de
la Perse, de la Chine et du Japon. Toutes ces constructions sont
faites par des ouvriers indigènes. Du côté opposé, et faisant pen-
dant, s'élève le palais algérien pour lequel on s'est inspiré des
monuments les plus célèbres de l'architecture arabe. Non loin
est le pavillon construit par l'administration des forêts, autour
duquel l'administration fera simuler des expériences de culture
forestière, de reboisement, etc. Enfin, pour compléter l'énumé-
ration des principales constructions du parc du Trocadéro, il y
aura l'aquarium d'eau douce, situé à gauche de la cascade, qui
ne contiendra pas moins de 3,000 mètres cubes d'eau, et dans
lequel les poissons seront à l'air libre. Au dehors un promenoir
circulaire, ménagé entre les roches qui constituent la carcasse de
l'aquarium, permettra d'examiner les poissons. On pourra les
voir également en pénétrant dans un promenoir souterrain très-
heureusement dessiné, très-pittoresque, sur lequel s'ouvrent de
larges baies pratiquées dans les parois de l'aquarium, qui seront
munies de glaces. Une cascatelle ménagée vers l'une des issues de
ce promenoir souterrain achèvera de compléter le charme tout
spécial de ce frais endroit. L'aquarium sera conservé ; il survivra
à l'Exposition universelle, et deviendra, comme le palais du
Trocadéro, la propriété de la ville de Paris.

Sur l'autre rive de la Seine, dans le parc du Champ-de-Mars,
de chaque côté de l'avenue qui mènera du pont d'Iéna au vesti-
bule principal du palais de l'Exposition, seront installées des
serres, dont les travaux de maçonnerie sont achevés, et des fon-
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