L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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LA « GROSVENOR GALLERY

EXPOSITION DE DESSINS DES ANCIENS MAITRES

(suite)1

assons maintenant à une autre catégorie très-intéressante de
dessins, qui nous montre Raphaël entouré de ses prédéces-
seurs, de ses élèves et de ses successeurs. Voici tout d'abord
le carton dessiné par le maître pour son tableau de la Belle
Jardinière, grandeur de l'original. Prêté par le comte de
Leicester, ce carton, œuvre d'une noble beauté, occupe à bon
droit une place d'honneur à l'exposition de la Grosvenor Gal-
I lery. Il y a là plus de trente dessins de Raphaël, les uns des
études pour quelques-unes de ses œuvres les plus connues,

Lettre de F. Magnini 2.

d autres de simples études de têtes, des portraits d'un remar-
quable caractère, d'autres encore des compositions originales dont le peintre n'a jamais tiré
parti, bien qu'il se réservât sans cloute de les utiliser.

La plume du critique est impuissante à exprimer le charme du dessin de Raphaël, un
JàW' charme qui selon nous dépasse de beaucoup celui de sa peinture. Le maître d'Urbino n'a
pas toujours cette flamme d'imagination, cette intensité de conception sans lesquelles il est
impossible de soutenir l'effort d'une grande peinture et d'en faire un de ces chefs-d'œuvre
absolument complets qui semblent peints d'un seul jet. Son imagination faiblit parfois au
beau milieu de l'exécution, et vers la fin de sa tâche le peintre, pour obtenir l'effet voulu,
est obligé de recourir à divers artifices trop reconnaissables. Mais soit au premier contact
de l'idée qui l'inspire, soit sous l'impression immédiate de la nature, l'éternelle grâce de
son dessin s'élève à une vigueur, à une virilité dont ses peintures n'offrent que de rares
témoignages. Et c'est précisément là ce qui fait l'inestimable valeur de ses moindres cro-
quis. Ici le sens de la beauté, qui est la grande vertu de son art, a pour base une vérité
plus solide ; les contours délicats de ses figures de vierges gardent comme un reflet de la
vie et de l'individualité de ses modèles, et les premières palpitations de l'idéal entrevu
animent encore son crayon trop prompt à se refroidir. Tout ce qu'il ajoutait par la suite à
ces esquisses inspirées ou à ces études directes de la nature en atténuait l'émotion, ou en

i. Voir l'Art, 4° année, tome I page 15;.

■1. La lettre et l'encadrement sont tirés de l'ouvrage intitulé : « l'Augusta ducale Basilica dell' Evangelista San Marco...
Venezia MDCCLXI, Presso Antonio Zatta. »

Tomi: XII.

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