L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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ous les travaux dont l'ensemble constitue la civilisation des sociétés
peuvent se résumer en trois mots : science, art et industrie. Il n'y
a pas* lieu d'établir une hiérarchie entre ces trois formes de
l'activité humaine, leur importance relative dépend du point de
vue où on se place. Si on considère seulement les avantages pra-
tiques et le bien-être matériel, l'industrie doit être placée au pre-
mier rang; mais ses progrès dépendent du développement des
sciences. Quant aux autres, dont l'utilité semble moins directe, ils
répondent aux besoins de l'esprit, qui sont aussi légitimes que
ceux du corps, et s'il est nécessaire de rendre d'abord la vie pos-

Lettre du xvne siècle. ...... 1111 *

sible, il est naturel de chercher ensuite a la rendre plus haute et
plus belle. Dès que l'homme a commencé à s'affranchir par l'industrie du joug de la nature exté-
rieure, il a demandé à la science de lui en révéler les lois, à l'art de lui créer un milieu plus
approprié à ses aspirations intelligentes. L'industrie est la base de toute civilisation, la science
et l'art en sont le commencement. Les peuples qui l'arrêtent à l'industrie ne sont pas des peuples
barbares, mais leur civilisation est incomplète, et les époques lumineuses de l'histoire seront tou-
jours les grands siècles de science et d'art.

Ces époques sont si rares dans la vie de l'humanité qu'on est tenté de se demander s'il faut
pour les faire naître un concours mystérieux d'influences favorables et de constellations bienfai-
santes. Dans quelle mesure pouvons-nous en préparer le retour ? Les sociétés humaines ont-elles
comme la nature leurs phases successives de nuit et de lumière, leurs périodes alternées de vie
et de mort, leurs saisons stériles et leurs saisons fécondes? Les facultés de l'intelligence offrent-
elles chez les peuples comme chez les individus des époques de croissance, d'énergie créative et
de déclin ? Si au lieu de suivre le développement de la civilisation à travers le temps on veut
déterminer la place qu'elle a occupée ou qu'elle occupe encore sur la carte du monde, on est
obligé de reconnaître que son domaine est aussi limité dans l'espace que dans le temps. Elle est
confinée, dans des époques bénies, elle est le patrimoine de races privilégiées. Le génie a ses
villes saintes comme il a ses siècles d'or, et de là il rayonne dans le vide et la nuit comme les
astres dans l'infini du ciel.

Faut-il donc le comparer à une plante qui ne pourrait germer, croître et donner ses fleurs et
ses fruits que dans certaines conditions de sol, de climat et de culture ? Si une telle comparaison
était appliquée aux faits de l'ordre moral, elle semblerait la négation du libre arbitre : dire par
exemple que le courage des hommes ou la chasteté des femmes dépend de la température ou de
toute autre circonstance extérieure, ce serait méconnaître la dignité de la nature humaine. Mais

Tome XII. 1?
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