L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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dans l'art khmer, et pour en former un art e'tudié et des plus
complets ; d'un autre côte', l'état de ruine des monuments et
l'ignorance mélangée d'effroi de l'indigène cambodgien, tout
pouvait faire affirmer qu'il faut remonter au delà même de la
Renaissance pour atteindre à la date même de ces monuments.
Sous un autre rapport, si on se souvient de ce que nous avons
dit des traces visibles de l'influence artistique grecque, principale-
ment dans l'architecture, influence qui n'a pu avoir lieu que par
l'intermédiaire de colons grecs de la Bactriane, la présence du
boudhisme vivant côte à côte avec le brahmanisme, il résulte de
cet ensemble de faits que nous ne pouvons faire remonter la civi-
lisation khmer à une date plus éloignée que les deux premiers
siècles de l'ère chrétienne ; et, malgré toute la puissante vitalité
de la race cochinchinoise d'alors, quelques siècles seront toujours
nécessaires pour construire des villes d'une importance si consi-
dérable, d'un art si raisonné, où tous les matériaux des civilisa-
tions voisines ont été employés avec une expérience, ou plutôt
une sûreté, qui étonne. De cet ensemble de faits, nous croyons
que l'on peut placer la date où la civilisation khmer a atteint
son plus haut point entre le vin0 et le ix° siècle de l'ère chré-
tienne. En prenant cette date comme certaine, on s'explique
parfaitement la similitude qui existe dans l'ornementation khmer
et dans celle de la Renaissance, et l'on peut même admettre que
Rome et Byzance, dont les noms ne semblent pas avoir été in-
connus au Cambodge, ont pu indirectement influencer l'art de
ce pays, surtout dans quelques détails de l'architecture.

Mais il nous paraît évident que nous ne nous trouvons pas
ici en face d'une civilisation importée, mais ayant, au contraire,
parfaitement progressé peu à peu sur le sol même. En effet, l'ar-
tiste khmer s'est plutôt inspiré de la surface ou de l'aspect exté-
rieur des arts étrangers que de leurs principes mômes. Ses

RT.

emprunts sont superficiels; il ne connaît la voûte que par en-
corbellements; ses pyramides à faces humaines et ses allées à
parapets ne procèdent d'aucun art voisin. Ici il ne peut y avoir
d'artistes étrangers comme les Grecs à Rome : l'art est parfaite-
ment homogène, dans les temples comme sur les murs de la
ville, et la similitude de style est telle qu'il est nécessaire, avant
de pouvoir établir une simple chronologie artistique, qu'une
nouvelle expédition nous apporte une plus grande quantité de
monuments variés de tous les points du territoire, de manière à
pouvoir certifier par quelle partie du pays a marché l'art ou la
civilisation, et si, comme tout semble le faire présumer, l'Inde
peut à bon titre revendiquer la civilisation khmer comme son
dernier enfant, celui qui a le mieux conservé ses traditions et sa
ressemblance. Mais tout en s'en inspirant, il est nécessaire de le
répéter, l'artiste d'Angkor a su donner son propre cachet, un
sentiment plus fin, que ne le firent les artistes de l'Inde. Il serait
donc désirable non-seulement que les magnifiques monuments
khmer fussent exhumés, qu'ils fussent étudiés par nos archéo-
logues, mais qu'ils le fussent aussi par nos artistes. Bien des mo-
numents modernes de Paris sont bien loin comme effet et comme
goût des temples d'Angkor-Wat, avant que le temps et les
hommes n'eussent détruit leurs magnifiques silhouettes de pyra-
mides dorées.

La collection des monuments khmers, trouvée et rapportée
par le lieutenant Delaporte, qui avait été jusqu'ici reléguée dans
le grand vestibule du palais de Compiègne, va être transportée
tout entière au palais du Trocadéro. Le monde des arts et les
savants pourront donc sous peu, dans un mois à peine, juger
cette découverte, la plus belle et la plus glorieuse que la France
ait faite en archéologie depuis plus de vingt ans.

Emile Soldi.

CH RONIQUE

La démolition des ruines du palais des Tuileries a été
admise en principe par le conseil général de la Seine dans une
récente séance. Si ce vœu se réalisait, tous les amis de l'art et
du goût le regretteraient. Quel effet malheureux serait produit
par ce grand vide, qui se prolongerait jusqu'au vieux Louvre!
Combien mesquine paraîtrait cette énorme masse d'édifices!
Croit-on que les deux pavillons de tète ainsi séparés ne feraient
pas une étrange figure ? On prolongera le jardin jusqu'au-delà
de l'arc de triomphe du Carrousel, soit ; mais les arbres ou
arbustes ne donneraient pas plus d'ampleur aux bâtiments ; au
contraire, par l'effet de la perspective, ceux-ci seront d'autant
plus amoindris qu'il s'interposera entre eux et la vue du passant,
dans le jardin des Tuileries, des premiers plans qui prendront
d'autant plus d'importance qu'ils seront plus près de l'œil du
spectateur.

Le vieux palais des Tuileries, si on le conservait en l'entou-
rant de verdure jusqu'au-delà de l'arc triomphal, placé ainsi
entre les deux gros pavillons, — car il faudrait reculer la grille
du Carrousel jusqu'à la saillie des bâtiments des ailes, — donne-
rait l'échelle vraie de cet amas immense de constructions.
M. Viollet-le-Duc, à qui nous empruntons ces réflexions,
ajoute, dans un article du XIXe Siècle : « Rien n'empêcherait
de rendre aux portiques de Philibert de l'Orme leur ancienne
disposition, c'est-à-dire d'en faire des promenoirs, avec échap-
pées, de la voie publique nouvelle, sur ce jardin intérieur. Il y a
là un programme tout tracé et charmant, auquel le conseil géné-
ral, mieux informé et moins préoccupé de questions étrangères
à l'art et aux avantages du public, donnerait, j'en suis certain,
son entière approbation. »

Notre collabo. 'teur. M. Etienne Arago, vient de publier
sur cette question une brochure dont nous nous occuperons

FRANÇAISE

prochainement. Constatons seulement pour aujourd'hui que les
conclusions de M. Viollet-le-Duc se rapprochent beaucoup de
celles de M. Etienne Arago, qui préconisait cette idée d'une
galerie ou d'un promenoir dès le 6 juin 1871, alors que les
ruines des Tuileries fumaient encore.

Des crédits supplémentaires ont été demandés à la Chambre
des députés par M. Bardoux, pour remettre en état certains de
nos monuments publics en vue de l'Exposition. Voici quelques
détails sur le chiffre et l'objet des crédits demandés :

Ecole des beaux-arts : 16,665 Ce crédit sera employé
en partie à aménager, dans le palais, l'ancienne chapelle des
Augustins, pour y exposer les moulages du moyen âge et de la
Renaissance qui complètent la collection de moulages déjà si
riche que possède l'École des beaux-arts. L'autre partie du
crédit sera employée à organiser à l'Exposition universelle l'ex-
position des restaurations de monuments antiques, opérées par
les pensionnaires de Rome pendant leur séjour en Italie.

Salon de 1878 : 15,000 fr. Ce crédit sera employé à pro-
longer d'un mois, à l'occasion de l'Exposition universelle, le
Salon de peinture et de sculpture de 1878.

Opéra-Comique : 77,315 fr. Ce crédit sera employé à res-
taurer complètement la salle de l'Opéra-Comique pour l'époque
de l'Exposition.

Musées nationaux : 42,000 fr. Ce crédit sera employé a re-
mettre en état diverses salles du Musée du Louvre, dans les ga-
leries de sculpture et de peinture.

Manufactures nationales : 35,000 fr. Ce crédit sera employé
à remettre en état la manufacture des Gobelins, pour qu'on
puisse la laisser visiter pendant l'Exposition.

École des beaux-arts. — Les membres de la commission
chargée de juger le concours Rougevin se sont réunis à l'École
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