L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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FRANS HALS

out en soutenant, non sans quelque témé-
rité, qu'on peut se faire une idée juste de
l'art hollandais sans visiter la Hollande et
en se contentant du Louvre et de ses annexes1,
l'auteur des Maîtres d'autrefois a été obligé
de constater « quelques rares lacunes », —
aussi importantes que rares, assurément, —
et de faire exception pour un genre, les
tableaux de corporations ou de régents2, et
pour trois artistes incomparables, Jan Steen,
Van der Meer et Frans Hais.

Certes les Hais du Louvre ont leur
prix. Pour compter dans l'œuvre du maître,
le Descartes n'a pas besoin de l'intérêt qui
s'attache à la reproduction des traits si
caractéristiques de l'auteur du Discours sur
la méthode, et grâce à la Bohémienne de la
galerie Lacaze, — une bohémienne qui n'est
peut-être qu'une servante d'auberge, joyeuse
commère destinée à se transformer plus tard
en Hille Bobbe, — le Louvre peut se van-
ter de posséder, sinon le maître tout entier,
du moins une de ses notes les plus person-
nelles, un brillant échantillon de sa pratique
large et sûre même en ses abandons les plus capricieux en apparence. Quant à ces collections
particulières qu'on peut considérer à bon droit comme des annexes du Musée national, à telles
enseignes que parfois elles y font retour en bloc, — la galerie Lacaze en est un exemple, — on
serait aujourd'hui moins embarrassé que jadis d'y signaler non-seulement des œuvres de Hais,
mais encore des œuvres qui représentent dignement ce prodigieux virtuose, si goûté, si recherché
depuis quelques années après être resté longtemps à peu près ignoré.

Mais Frans Hais est l'un des premiers parmi les maîtres auxquels la Hollande doit ces
tableaux de corporations qui laissent au Louvre une lacune bien difficile à combler, car ils touchent
de trop près à l'histoire politique, sociale et intime du pays dont *ils complètent l'illustration
artistique, pour que ce pays consente à s'en dessaisir. Pour l'étudier sous cet aspect et l'apprécier
à sa juste valeur, c'est à Harlem qu'il faut aller, à Harlem où il a passé presque toute sa vie, à
Harlem d'où il était originaire ainsi que l'a établi M. le docteur Van der Willigen, dont les
savantes recherches ont enlevé tout espoir de reconstituer la légende du Hais flamand. Il était
né à Anvers, mais de parents hollandais.

Fromentin n'a pas manqué de faire ce pèlerinage, qui en a tenté, qui en tentera encore bien
d'autres après lui. Mais s'il est toujours permis d'aHer à Harlem, a-t-on bien encore le droit de

1. Il entend par là « certaines collections françaises qui ont la valeur d'un musée par le choix des noms et la beauté des exemplaires ». —
Les Maîtres d'autrefois, par Eugène Fromentin, édition in-8", pages 22 j et 224.

2. Voir dans l'Art, j° année, tome II, pages 73 et 108, la savante étude de M. C. Vosmaer sur une des séries les plus curieuses de cette
peinture civique, les Leçons d'anatomie dans la peinture hollandaise.

Tome XII. 5

5B

Lettre tirée de l'alphabet de Théodore de Bry.
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