L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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CHRONIQUE FRANÇAISE

Exposition universelle de 1878. — Le commissaire général
de l'Exposition, l'honorable M. Krantz, vient d'adresser au
ministre de l'agriculture et du commerce un rapport sur la
situation des travaux préparatoires de la vaste entreprise qu'il
dirige avec tant de zèle et d'intelligence. Il n'en sera pas publié
d'autre. M. Krantz, dans ce document qui est date'du ior no-
vembre 1877, constate l'empressement des nations étrangères et
de nos nationaux à répondre à l'appel qui leur a été adressé.
Toutes les puissances, — sauf l'Allemagne, qui se tient à l'écart,
et la Turquie dont les préoccupations sont à la guerre, — ont
apporté la plus grande activité à organiser avec éclat leur expo-
sition; toutes, malgré le surcroît de dépense, ont applaudi à
l'idée de signaler leur compartiment respectif par un tronçon de
façade typique, ce qui sera une nouveauté des plus attrayantes.
Il n'y a plus que l'Autriche-Hongrie et l'Amérique du Nord qui
n'ont point encore déposé les dessins de leurs façades.

Nous n'avons point à pénétrer ici, avec M. Krantz, dans le
détail des travaux accomplis et dont nous avons suivi d'ailleurs
les phases successives dans nos précédentes chroniques. Nous
insisterons seulement sur la partie du rapport qui traite de l'or-
ganisation des beaux-arts à l'Exposition.

Depuis le mois d'août 1877, le jury chargé de l'admission
des œuvres d'art a fait adresser aux artistes des lettres qui leur
notifient le résultat de ses travaux, suivant les quatre catégories
suivantes: i° Ouvrages admis d'office; 20 ouvrages non admis
d'office, et dont l'examen est ajourné au mois de janvier 1878;
3° dessins, pastels, miniatures, etc., dont l'examen est ajourné
également au mois de janvier; enfin, lettres d'avis faisant con-
naître que les notices non renouvelées n'ont point été exami-
nées. Les ouvrages admis d'office sont au nombre de 1390. Il
faudra ajouter à ce nombre les dessins et autres ouvrages qui
pourront être reçus à l'examen de janvier 1878. Le jury procé-
dera à l'examen définitif des œuvres ajournées, du 5 au 20 jan-
vier. Dès le mois de septembre dernier, on a commencé, pour
les ouvrages admis d'office, la préparation des fiches destinées
à l'impression du catalogue. En outre, on apprête, dès à pré-
sent, tout ce qu'il convient de prévoir pour l'enregistrement, le
numérotage et la mise en ordre des peintures, sculptures, gra-
vures, etc., qui seront présentées par les artistes au palais des
Champs-Elysées, en janvier et en mars 1878.

Quant à l'exposition des portraits nationaux historiques que
la commission de l'inventaire général des richesses d'art de la
France a été chargée d'organiser au Champ-de-Mars, par arrêté
ministériel du 1e1' février 1877, elle est déjà toute préparée. Plus
de cent cinquante portraits sont maintenant acquis à la galerie,
et l'on peut prévoir, selon M. Krantz, qu'il y en aura encore
sept à huit cents.

L'exposition de l'art ancien au palais du Trocadéro sera, tou-
jours selon le rapport, la plus considérable qu'il y ait eu en ce
genre ; elle aura en tout cas un caractère plus général que celle
de 1867, puisque cette fois la France ne se borne pas à exposer
ses propres œuvres, et que l'emplacement qu'on lui accorde sur-
passe d'environ 2,000 mètres carrés celui de la galerie consacrée
alors à « l'histoire du travail ». Non-seulement les arts et les
procédés industriels de l'Egypte, à partir des époques les plus
reculées, de l'Asie occidentale, de l'extrême Orient, de la Grèce,
de l'Italie, auront des représentants au Trocadéro ; mais on y
devra trouver encore des collections d'instruments scientifiques,
des documents provenant de nos illustres inventeurs, des monu-
ments de la paléographie, tels que manuscrits et inscriptions, et
même ces armes, ces ustensiles d'une exécution rudimentaire,
dont la matière, la forme et l'emploi constituent comme des

liens communs entre toutes les populations du globe à l'état
d'enfance préhistorique. Les historiens et les archéologues pos-
séderont donc là un champ d'observations aussi fertile que celui
qui s'offrira aux artistes et aux industriels.

Le catalogue officiel que publiera le commissariat général de
l'Exposition comprendra douze volumes de format in-8° raisin ;
chaque volume étant consacré à un groupe ou à une des grandes
divisions de l'Exposition. Plusieurs volumes sont commencés
depuis le mois de juillet dernier ; celui qui est relatif aux œuvres
d'art (groupe premier), reste entièrement réservé, la liste des
exposants et la nomenclature des œuvres exposées ne pouvant
être arrêtées qu'après la clôture des travaux des jurys d'admis-
sion qui doivent encore se réunir en janvier. En outre, chacune
des commissions étrangères a été autorisée à publier, dans sa
propre langue ou en langue française, un catalogue détaillé des
produits de sa section. Il faut ajouter que cet ouvrage sera entiè-
rement débarrassé des réclames qui encombraient le catalogue
de 1867, il aura une valeur véritable au point de vue critique et
historique.

Le Concours Achille Leclère. — L'Académie des beaux-
arts a publié le programme du concours Achille Leclère, ouvert
comme on sait, aux architectes. Le sujet est une salle pour les
séances du Sénat. Cette salle, dit le programme, devra contenir
les places des sénateurs, la tribune des orateurs, l'estrade sur
laquelle siège le bureau, et des tribunes pour les divers corps de
l'État, la presse et le public. De larges ouvertures devant intro-
duire la lumière dans la salle, les jours horizontaux sont inter-
dits. Dans sa plus grande dimension, la salle n'excédera pas
28 mètres, les tribunes non comprises.

Les esquisses du projet, réunies le 26 décembre dernier à
l'Institut, ont été examinées par le jury qui a rendu son juge-
ment le 29 du même mois. Nous publierons le résultat définitif
quand il sera connu.

La décoration de nos promenades publiques est un sujet qui
préoccupe beaucoup en ce moment la direction des beaux-arts
de la ville de Paris, qui voudrait adopter pour les promenades
et les parcs, depuis l'avenue des Champs-Élysées jusqu'aux plus
petits squares, le système employé au parc Monceau, en disposant
à travers la verdure une suite de bustes ou de statues des hommes
qui ont illustré plus spécialement la capitale, prévôts des mar-
chands, magistrats, soldats, écrivains, etc. Dans les grandes pro-
menades, comme le bois de Boulogne, les Buttes-Chaumont,
Montsouris, des groupes reproduiraient des événements histori-
ques qui se sont passés à Paris depuis les premiers âges jusqu'au-
jourd'hui.

Voilà de ces idées qu'on aimerait ne pas voir s'évanouir en
fumée. Il en est de même de ce vœu qu'émettait dernièrement
M. Marais au Conseil municipal, pour qu'une fontaine monu-
mentale, surmontée du buste de Sir Richard Wallace, fût élevée
sur une de nos places publiques. C'est ainsi qu'on donne à une
ville son véritable caractère, en y mettant partout l'expression
du goût, de l'esprit, de la personnalité du peuple qui l'habite.
Autrefois, quand il n'y avait pas d'eau à Paris, on voyait partout
des fontaines monumentales ; quelques-unes étaient faites par
des sculpteurs illustres, comme Jean Goujon. Maintenant que
l'Ourcq nous envoie ses trésors, on jette sournoisement l'eau à
travers les jambes des passants par de méchants tuyaux hypo-
crites qui se cachent sous la terre. La nécessité des musées où
l'on dépose les reliques du passé fait croire, comme le disait le
comte de Laborde, dans son remarquable rapport de 1851, que
toutes les œuvres d'art sont obligatoirement faites pour les mu-
sées. On verra qu'un beau jour on mettra Notre-Dame et la
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