L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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Frise composée et gravée par P. A. Ducerceau.

GUSTAVE COURBET

elui-ci n'était pas de la race des modestes.
« La modestie, dit La Bruyère, est au
mérite ce que les ombres sont aux figures
dans un tableau : elle lui donne de la force
et du relief. » Courbet s'inquiétait peu des
ombres en peinture ; il n'avait que faire
des repoussoirs, et sa couleur lui suffisait
pour donner à ses tableaux sinon tout le
relief désirable, du moins toute la force
nécessaire. S'il ne s'est pas rendu compte
des ressources de cet autre repoussoir dont
parle l'auteur des Caractères, du moins
a-t-il eu le mérite de comprendre que la
modestie n'est une vertu que sous condi-
tion d'une sincérité absolue ; il a eu, dans
sa rusticité bohème, assez d'esprit et de
délicatesse pour ne pas affecter une qualité
pour laquelle il n'était pas fait. Quelques
reproches qu'on puisse lui adresser, il en
est un auquel il faut renoncer, le reproche
d'hypocrisie. Et peut-être certaines gens
lui eussent-ils pardonné bien des choses, s'il avait eu ce péché mignon sur la conscience.

Les querelles artistiques et les événements auxquels le maître peintre d'Ornans a été mêlé
ont ameuté contre lui deux groupes d'ennemis : les uns, dominés quoi qu'ils en disent par des
rancunes d'école, impatients de faire payer au déboulonneur de la Colonne les méfaits et les
hérésies du peintre des Casseurs de pierre ; les autres, entraînés par l'esprit de parti, et d'autant
plus hostiles à l'œuvre de l'artiste qu'ils sont plus exaspérés de ses escapades politiques.

Dans ces conditions, il faut avouer que l'impartialité est difficile. Aussi, pour rendre justice à
l'apôtre du réalisme, avons-nous cherché une appréciation qui fût à la fois antérieure aux circon-
stances qui ont introduit dans la discussion de son œuvre des passions étrangères à l'esthétique,
et aussi peu engagée que possible dans les luttes de doctrine et dans les haines de coterie que
cette œuvre a suscitées. Nous croyons l'avoir trouvée dans un article adressé, il y a dix ans, à la
Revue de Toulouse et du midi de la France, par M. Jules Buisson, — un nom sur lequel nous
avons eu déjà occasion d'appeler l'attention de nos lecteurs On sait que M. Jules Buisson, ama-

'• Voir l'Art, y année, tome II, page 279, et tome III, pages 17 et 61.

Tome XII. in

Lettre composte par F. Ehrmaim et gravée par Dunioiit.
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