L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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LE MONT-SAINT-MICHEL'

II [suite)

utrefois fort belle, maintenant tristement mutilée, la Salle de la Concier-
gerie, tout près du Réfectoire, attend encore les intelligentes restaurations
dont tant d'autres parties du monument ont été déjà l'objet. Sa voûte hardie
est portée par trois colonnes du galbe le plus pur.

Le Dortoir occupe, avons-nous dit, la portion supérieure de cette section
comptée «'dMsilée c'c ^a Merveille, celle qui regarde Avranches, et prend jour sur la mer par
i ion cTuchcrd ces j°l'es arca(Jes moresques, d'un effet si pittoresque. C'est une vaste salle
qui date de la fin du xivu siècle et qui a subi tour à tour des dégradations
et des restaurations également malheureuses. Elle n'offre aujourd'hui rien de remarquable
que ses belles proportions.

La Salle des Chevaliers s'élève au-dessus de leurs écuries.

Ici, nous nous trouvons en présence d'un type d'architecture vraiment admirable.
Il serait difficile de voir ■— ou de rêver — une plus intime union de l'élégance et de la
force. L'auteur de cette belle création a réalisé un véritable idéal de noblesse et de beauté.
Nul excès dans le détail de l'ornementation ; bien au contraire, une sobriété qui paraît à la
foule quelque peu sévère, mais dont les juges délicats ne se lassent point d'admirer le
grand caractère artistique et monumental. Seize colonnes divisent en quatre nefs la Salle
]) des Chevaliers, qui se développe sur une longueur de plus de 80 pieds. Par un effet
d'optique très-habilement calculé, l'entre-croisement de ces colonnes les multiplie pour le
regard, qui ne se rend pas compte de leur nombre véritable et qui croit errer dans une forêt
de pierre. Chacune de ces colonnes mériterait une étude à part, car l'architecte, en leur donnant
l'air de famille qui convient aux parties d'un même tout, a su les diversifier avec une variété
presque infinie. Chacune d'elles est ainsi différente de toutes les autres. Les feuilles de la vigne,
du chêne et de l'acanthe, les trèfles et, avec eux, toutes les végétations fantastiques de la flore
ornementale qui ne s'est jamais épanouie que dans la pierre et sous le ciseau des artistes, se
combinent ici avec une variété de dispositions infinies. Des nervures arrondies, alternativement
simples, ou deux fois géminées, vigoureuses dans leur élan et souples dans leur parcours, nous
présentent un faisceau de douze cordons, qui montent vers la clef de voûte, ou retombent sur
les tailloirs, en produisant un effet décoratif des plus heureux. Les deux nefs du milieu nous
montrent des ogives assez obtuses; les nefs latérales, au contraire, plus étroites, donnent à leurs
voûtes un arc en tiers-point beaucoup plus aigu, et qui se rapproche ainsi de la belle période
de l'ogive. 11 est bien évident pour nous que l'architecte qui a construit cette salle a devancé
son époque. Nous sommes encore dans le premier quart du xiic' siècle (1120), et ces ogives sont
déjà d'une remarquable pureté; elles ont secoué les vieilles entraves du roman; leur fût est
hardi, svelte, élancé; à l'antique ornementation du chapiteau primitif de notre architecture
nationale, faisant surtout usage du bestiaire symbolique, a déjà succédé le motif végétal traité
avec autant de sobriété que de goût. Les deux cheminées immenses et dans chacune desquelles
peuvent entrer une douzaine d'hommes pour s'y chauffer à l'aise, sont postérieures de trois ou
quatre siècles, ainsi que ces fenêtres carrées, à meneaux prismatiques, qui seront plus tard si
fort en honneur dans toutes les constructions de la Renaissance.

Pendant le cours de l'existence guerrière et féodale du Mont-Saint-Michel, la Salle des

r. Voir l'Art, 4" année, tome I", page 241.

Tome XII. 35
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