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L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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https://doi.org/10.11588/diglit.16908#0354

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CHRONIQUE

des beaux-arts, sous la présidence de M. Guillaume, directeur.

Le prix Rougevin est donne', dans les sections d'architec-
ture, â l'e'lève auteur du meilleur projet sur un sujet donné.

Le sujet de cette anne'e e'tait : une Fontaine publique.

D'une valeur de i ,000 francs, le prix Rougevin a été décerné
comme suit :

ire médaille (600 francs), à M. Genuys, élève de M. Train;

2e médaille (400 francs), à M. Monteiro, élève de M. Pascal.

Le concours était des plus brillants cette année; aussi le
jury a-t-il cru devoir décerner vingt-deux mentions honorables.

La musique a l'Exposition universelle. — Le règlement
relatif aux sociétés françaises pour les auditions musicales qui
seront données dans la grande salle des fêtes du palais du Tro-
cadéro pendant la durée de l'Exposition a paru au Journal offi-
ciel. Voici le résumé de ses dispositions principales :

Les sociétés musicales françaises qui désireront se faire en-
tendre dans la salle en question devront en faire la demande^
jusqu'au 15 mars inclusivement, à M. le commissaire général de
l'Exposition à son bureau, au palais du Champ-de-Mars. La
commission des auditions musicales examinera ces demandes et
en proposera l'approbation au commissaire général.

Les concerts que les sociétés musicales françaises seront au -
torisées à organiser auront lieu sous leur seule responsabilité, à
leurs risques et périls, tous les frais qu'ils entraîneront étant
exclusivement à leur charge .

Les programmes de ces concerts ne comprendront, pour les
compositeurs vivants, que des oeuvres françaises; il pourra être
exécuté des œuvres de tous les compositeurs morts, sans dis-
tinction de nationalité.

Les programmes à adopter par les sociétés musicales fran-
çaises devront être soumis au commissariat général, avant le
ier mai prochain, par l'intermédiaire de la commission des audi-
tions musicales. Ces programmes seront insérés gratuitement,
en temps utile, dans les journaux officiels, et ils seront placardés
également sans frais, dans des cadres ad hoc disposés dans l'en-
ceinte de l'Exposition universell e.

La Manufacture de Sèvres doit envoyer plusieurs objets à
l'Exposition universelle.

Envoici la liste complète :

Deux vases cylindre, forme de M. Carrier-Belleuse, repré-
sentant l'un la ville de Paris, par M. J. Colas; l'autre, des fleurs,
de M. Bulot ; un vase représentant Neptune, forme de M. Nicole,
anses modelées par M. Briffaut; une peinture des Travaux
d'Hercule, par M. Lanseyre ; la Vendange, vase exécuté par
M. Derichewalley ; le Triomphe de la Vérité, savante composi-
'"ion de M. Abel Schilt. Tous ces vases sont de première gran-
deur.

Parmi les objets d'art, on remarque deux cabarets chinois
avec décors persans, rehaussés d'or et de couleurs vives ; un
coffret à bijoux, de M. Avisse ; un cabaret ovoïde sur fond bleu
avec dorure, de M. David; enfin un cabaret jardinière avec pla-
teau, décoration or et couleurs, de M. Bonnuit, d'après les des-
tins de M. Emile Renard.

Décoration du palais du Luxembourg. — Le directeur des
Beaux-Arts vient de décider que le grand escalier du palais du
Luxembourg serait décoré de tapisseries faites d'après les pein-
tures de divers artistes contemporains, exécutées spécialement
dans ce but. Lès artistes désignés pour ces compositions sont les
suivants : MM. Français, Lansyer, Harpignies, Bellel, Gaspard
Lacroix, Paul Flandrin, H. Desgoffes, Paul Collin, Tony Faivre,
Mmo Escalier. Ces peintures devront avant tout présenter un
caractère décoratif, comme celles qui furent exécutées au xvne siè-
cle, sous la direction de Lebrun, pour les Gobelins. Elles auront
des bordures et représenteront des paysages. C'est afin de re-
prendre les anciennes et glorieuses traditions de notre école dé-
corative qui exécuta pour les manufactures des Gobelins, de
Beauvais, d'Aubusson, tant de gracieux chefs-d'œuvre, que M. le
marquis de Chennevières fait, en ce moment, ces commandes.

FRANÇAISE. 3II

Questions de jurisprudence. — Ces dernières semaines ont
vu divers procès assez intéressants au point de vue artistique ; il
faut les rappeler brièvement, car ils soulèvent ou tranchent des
problèmes utiles à connaître.

Le plus important par ses conséquences a été celui auquel
a donné lieu un portrait de Mm6 Moitessier, par Ingres. Voici à
quelle occasion. Il y a une vingtaine d'années, M. Moitessier
commandait à Ingres un portrait de sa femme. L'artiste que Théo-
phile Silvestre appelle « un peintre chinois égaré, au xixe siècle,
dans les ruines d'Athènes », travaillait lentement, comme on
sait. Il mit quatre ans pour faire la'Stratonice, trois ans et demi
pour le Vœu de Louis XIII. Il recommença deux fois le portrait
de celle que, dans ses lettres, il appelait 0 la trop belle madame
Moitessier »; mais M. Moitessier, en galant homme, déclara
qu'il entendait payer et garder les deux portraits de sa femme.
L'une des deux toiles figurait à l'Exposition universelle de 1855.

Il n'avait pas prévu que les esquisses, dessins, ébauches, qui
avaient servi à la préparation des deux tableaux pourraient un
jour être mis en vente publique et livrés aux hasards des enchè-
res. C'est ce qui a failli arriver. En effet, Ingres étant mort, sa
femme, instituée par lui sa légataire universelle, eut l'idée de se
défaire d'une certaine quantité des dessins du maître restés dans
ses cartons. Mais avant de mettre en vente les dessins qui avaient
servi à peindre le tableau de Mm0 Moitessier, l'expert, M. Ferai,
écrivit au mari, le 10 mai 1876, pour l'avertir et lui proposer
l'achat des dessins. Celui-ci répondit en saisissant le tribunal
civil d'une double demande en restitution des ébauches, et en
interdiction de vente, soutenant qu'un artiste n'a pas le droit de
disposer des dessins, ébauches, esquisses qui lui ont servi à éta-
blir une œuvre dont il a reçu le prix, et que ceux-ci doivent
revenir de plein droit à celui qui a commandé et acheté l'œuvre.

Le tribunal n'a pas été de cet avis. Estimant « que tous les
travaux, quels qu'ils soient, par lesquels un peintre prélude à
l'exécution d'un tableau sont des formes provisoires de sa pensée,
et qu'à ce titre ils constituent la plus intime et la plus person-
nelle des propriétés », il a rejeté la demande de M. Moitessier.
Mais d'autre part il a stipulé que l'artiste n'était pas libre de
disposer de cette propriété, car l'inviolabilité du foyer serait
atteinte si le portrait d'une mère de famille pouvait être livré à
la publicité des enchères publiques.

Ainsi quiconque, à l'avenir, voudra se faire pourtraicturer
devra, s'il redoute de voir sa figure livrée à la publicité, men-
tionner d'avance, dans son marché avec l'artiste, l'achat des
ébauches et esquisses.

Un procès '— plus piquant mais non moins instructif
— est celui de M. Bénedict Masson. Cet estimable peintre
avait eu l'idée, vers 1864, de doter la peinture française d'une
copieuse page de sa façon en décorant la cour d'honneur de
l'Hôtel des Invalides d'une suite de sujets représentant les prin-
cipaux règnes, ceux de Charlemagne, de saint Louis, de
Louis XIV, des Napoléons. La chose sourit, comme bien on
pense, à l'empereur. On fit comprendre même à l'artiste qu'après
avoir débuté par Charlemagne, il ferait sagement dans l'intérêt
de son œuvre de traiter immédiatement les hauts faits contem-
porains. A quoi M. Masson consentit, en laissant les autres pan-
neaux vides. L'empereur le remercia de cette hâte et lui donna
sur sa cassette particulière une somme de 20,000 francs. Tous
les travaux devaient être payés 48,000 francs. Mais la guerre sur-
vint; les crédits furent restreints. On commença même à trouver
que l'urgence de la décoration de l'Hôtel des Invalides ne se
faisait pas absolument sentir, et que les travaux restés inachevés
de M. Masson pourraient, sans grand mal, en rester là. Vaine-
ment le peintre réclama; une commission fut nommée le 25 no-
vembre 1872 pour examiner ses prétentions, et conclut à accor-
der au peintre une somme de 7,000 francs pour solde de tout
compte, ce qui, avec les 23,000 francs déjà donnés, non compris
le don de l'empereur, serait une somme suffisante pour des
travaux à moitié faits.


 
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