L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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iy3 L'ART.

ma vie venait (sic) de plus en plus difficile. — Mon art était trop sérieux pour s'allier au com-
merce, et ne pouvait qu'être difficilement accepté sans la sanction du gouvernement.
« Je suis né à Ornans, département du Doubs, le 10 juin 1819.

« M. Charles Blanc m'avait dit qu'il voulait mettre mon tableau au Musée du Luxembourg.
Cette nouvelle destination 1 m'a étonné, mais je m'en console très-facilement sachant qu'il appar-
tient à la ville de Lille. J'aurais eu à lui choisir un emplacement que certainement je lui
aurait (sic) choisi moins beau et moins honorable 2.

« Toutes mes sympathies sont pour les pays du nord. J'ai parcouru deux fois la Belgique, et
une fois la Hollande pour mon instruction, et j'espère y retourner ; mon tableau sera sur mon
passage. — J'espère aussi avoir l'honneur de vous y voir, aussitôt que les circonstances me le
permetteront (sic).

« Recevez mes salutations amicales. « Gustave Courbet.

« P. S. M. Charles Blanc s'était engagé à remplacer la bordure de mon tableau, car celle
qu'il avait lors de l'exposition n'était que provisoire. Je désirerais savoir si M. Charles Blanc a
tenu cette promesse.

« Ornans, le 19 mars.

« Dans trois semaines je serai à Paris, rue Hautefeuille, 21. »

Voici un passage non moins curieux d une autre lettre de Courbet également adressée au
directeur du musée de Lille :

« Dernièrement mon ami Thoré est venu me voir dans mon atelier, et voyant la Mère
Grégoire, il me dit : « Voilà un tableau qu'il faut absolument que je vende au Musée d'Anvers ;
« je voudrais le voir près des Rubens ; je me fais fort de cet achat pour la ville. »

« Je répondis à Thoré que j'en étais enchanté, mais que pourtant j'étais obligé préalablement
de vous en avertir parce que vous me l'aviez demandé pour le Musée de l'Ille (sic).

« Par conséquent s'il vous était toujours agréable je pourrais vous l'envoyer pour que vous
l'exposiez dans votre Musée et si le conseil municipal partageait votre oppinion (sic) je vous le
vendrais 3,000 mille (sic, pour 3,000 francs), sinon Thoré pourrait le prendre pour l'envoyer à
Anvers.

« Mon cher M. Reynard (sic), j'aurais désiré que ma peinture reste (sic) en France autant
que possible, c'est pourquoi je vous écris. »

Cette Mère Grégoire que Thoré eût voulu voir à côté des Rubens d'Anvers faisait jeter les
hauts cris à Théophile Silvestre.

« Courbet, écrivait l'auteur des Artistes pipants, flatte avec une rare tendresse les pires côtés
de son talent, arrose comme des fleurs les vices de son esprit et engraisse son ignorance dans
l'oubli du respect humain. 11 se moque aussi des livres l'innocent, et ne lit que les journaux qui
parlent de lui. Ses goûts sont têtus, mais il manque de goût. Rien ne l'arrêtera dans sa voie ; il
donne tète baissée dans le laid et dans l'absurde comme ce bœuf écorné dont parle saint Jérôme
pour figurer l'acharnement de la lubricité. Et la Baigneuse, les Lutteurs, les chantres de l'Enter-
rement sont charmants en comparaison des types qu'il pourchasse à présent. J'ai vu chez lui une
sorte de somnambule et une autre femme qu'il appelle Madame Grégoire, dont la hideur fait
oublier les sorcières et les nains que les maîtres les plus brutaux ont parfois employés comme
repoussoirs dans leurs créations. »

L'admiration de Thoré et du directeur du musée de Lille auront sans doute consolé Courbet
de cette violente sortie.

T. Chasrei..

1. L'envoi à Lille.

2. Lisez : « Que certainement je n'aurais pu le choisir plus beau ni plus honorable. »
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